Médecine de la bienheureuse Hildegarde de Bingen

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Hildegarde de Bingen fut une abbesse bénédictine allemande du 12ème siècle (1098-1179) et mère de la phytothérapie occidentale. Ses connaissances lui ont été données en visions et révélations divines sur l’univers et la nature qu’elle a compilé dans des ouvrages de visions mystiques et de médecine. Elle a été béatifiée par le pape Innocent IV en 1244. Elle fut le première bienheureuse à faire l’objet d’une procédure de canonisation ; elle fut inscrite comme sainte au martyrologue, mais n’a jamais été canonisée. Sa médecine, en plus de ses révélations, aurait aussi été inspirée de la théorie des humeurs, de Constantin l’Africain, de médecins antiques (Hippocrate, Galien, Dioscoride, etc.), de médecins arabes, et poissiblement de la médecine chinoise antique (observations et recoupements cliniques anciens, non pas la médecine chinoise traditionnelle taoïste) par des similitudes comme les humeurs/fumées, l’humidité, la sécheresse, le  feu, la chaleur, la moxibustion, la scarification, etc.). La médecine de la Bse Hildegarde peut sembler d’un autre âge, mais ses remèdes sont réellement efficaces ; cependant certains peuvent être peu pratiques à fabriquer et/ou à appliquer, ou à comprendre à cause de mauvaises retranscriptions, référencements erronés, et parties manquantes des textes originaux.

 

Résumé de la médecine d’Hildegarde de Bingen

«Ces remèdes sont indiqués par Dieu ; ou ils mettront l’homme en bonne santé, ou il mourra, ou Dieu ne veut pas qu’il soit libéré» (CC 165, 22-24 ; cf 184, 33 ; 185, 2 ; 194, 6-7 ; PL 1235 C, 1318 C)

De quelle manière utiliser les herbes

«Pour les bien-portants qui tombent brusquement malades, il faut recourir aux herbes qui poussent à l’est ; aux mélancoliques et à ceux qui souffrent de la poitrine, il faut venir en aide avec des plantes qui poussent à l’occident ; à ceux qui souffrent de paralysie et de fortes fièvres quotidiennes, tierces ou quartes, il faut venir en aide avec des herbes qui naissent au midi ; quant aux frénétiques et à ceux qui souffrent du foie, il faut les soigner avec des herbes qui naissent au nord». (CC 266)

Les éléments constituants

«De même que les éléments constituent le monde, de même ces éléments assurent au corps humain sa structure, et ils répartissent à travers l’homme leur expansion et leurs fonctions de telle manière que, par eux, il est maintenu en vie, comme ils sont répandus à travers le monde et y agissent. Dans l’homme, il y a du feu, de l’air, de l’eau et de la terre, et c’est d’eux qu’il est constitué. Du feu, il tient la chaleur du corps, de l’air le souffle, de l’eau le sang, et de la terre la substance des muscles et des os. Au feu il doit la vue, à l’air l’ouïe, à l’eau le mouvement, et à la terre sa marche» (CC 49, 29-501).

 

LES YEUX

«Le regard de l’âme est puissant dans les yeux d’un être humain dont les yeux sont clairs et transparents, parce que l’âme réside avec puissance dans son corps pour y accomplir avec lui beaucoup de bonnes œuvres, car les yeux sont les fenêtres de l’âme» (CC 220, 7-10).

Pour les yeux bleus : sève de fenouil pilé à appliquer extérieurement.
Pour les yeux de feu (marqués autour de l’iris) : vin à la  teinture de fenouil 14%, de rose 12%, et de violette 6%.
Pour les yeux mouchetés-panachés-mélangés : vin blanc à l’oxyde de zinc 7%, à appliquer extérieurement.
Pour les yeux verts : fenouil à l’œuf battu, à appliquer.
Pour les yeux bruns : sève de rue vineuse 50% au miel.
Inflammation de conjonctive : gouttes de ceps de vigne.
Pour la vision : sève de feuilles pilées de premières pousses de pommier et gouttes de ceps de vigne 50/50, à appliquer.
Pour éclaircir les yeux : élixir d’absinthe (vin cuit dans le miel + sève printanière d’absinthe, 2,5% d’alcool).

 

LES OREILLES

«L’homme a deux oreilles comme deux ailes qui introduisent et font sortir… les sons, comme des ailes portent les oiseaux dans les airs» (CC 24, 6-8).

Douleurs : gouttes de ceps de vigne printanière 9 ml, huile d’olive 1 ml, une goutte d’huile de roses.
Baisse de l’ouïe
: Lorsque l’être humain est malade de l’estomac, il lui monte un plegma (humeur) dans la tête, elle tombe sur les oreilles et porte atteinte à l’ouïe (CC 94, 9-16). Il doit prendre de l’encens blanc et le faire fumer (CC 173, 6-11).

Dureté d’oreille : poudre de galanga 3 g, poudre l’aloès 1 g, poudre d’origan 6 g, poudre de feuilles de pêcher 6 g à ingérer sans boire.

 

LES DENTS

Entretien des dents, des gencives et du palais : vin aux cendres de bois de vigne.
Mal de dents et inflammation des gencives : vin à l’absinthe et verveine (50/50).
Carie : fumée d’aloès et de résine de myrrhe allumées dans un récipient de terre sur des charbons de bois de hêtre.
Inflammation des gencives : jeunes feuilles de chêne et de cerfeuil ou salade humidifiées au vin et placé sur les gencives vingt minutes.
Décalcification des dents : poudre d’os de saumon au sel.

 

LA PEAU

«Quand dans un être humain les glandes vénéneuses, c’est-à-dire les scrofules commencent à grandir, alors préparez un légume avec de l’arroche, et de l’alium ursinum en moindre quantité que l’arroche, et de l’hysope en moindre quantité que l’alium ursinum, et qu’il en mange, et les scrofules sècheront» (PL 1170 C).

Plaies, cicatrices, kystes, post-radiothérapie : pommade de sève de violette 220 g, huile d’olive 10 g, suif de bouc 20 g, 5 gouttes d’huile de rose.
Abcès-infection purulente : compresse de verveine cuite chaude.
Brûlures : compresse chaude de décoction de graines de lin.
Piqûres : teinture de plantain lancéolé.
Démangeaisons : graines de pavot mangées avec des pommes.
Crevasses : 1% d’essence de rose dans de l’huile d’olive, en usage externe.
Plaie purulente, abcès : compresse de décoction d’achillée.

 

ARTICULATIONS ET RHUMATISMES

«Chez les êtres humains au métabolisme labile et aux humeurs inconstantes en teneur de chaleur, de froid ou d’humidité, les humeurs sont projetées ici ou là comme l’air dans le corps. De telles personnes sont affectées de paralysie (paralysis = arthrite, rhumatisme)» (CC 162, 35).

«Si quelqu’un souffre de rhumatisme, qu’il prenne de l’écorce du tremble quand elle est verte, et le bois extérieur jusqu’au cœur de l’arbre, mais pas le cœur, et qu’il coupe cela en menus morceaux. Qu’il les fasse cuire dans de l’eau et qu’il verse cette eau avec les bois dans la baignoire, et qu’il s’y baigne, et qu’il fasse cela souvent, et le rhumatisme cessera» (PL 1236 D, 1237 A).

«Mangé cru, le coing golden (coing bien jaune) ne nuit ni au malade ni au bien portant. Cuit ou rôti, il est très digestible pour le malade et le bien portant. Que le rhumatisant mange souvent ce fruit cuit ou desséché, et ce fruit fait disparaître en lui la substance du rhumatisme si bien qu’il n’engourdit pas son esprit (sclérose du cerveau) ni ne brise ses membres (arthrite déformante) ni le laisse sans soulagement» (PL 1220 C).

«Qui est torturé par le rhumatisme, doit allumer un feu de bois d’orme et se chauffer à ce feu, et le rhumatisme disparaîtra sur le champs» (PL 1242 A).

«Un homme qui est torturé par le rhumatisme, et que cela a rendu emporté, parce que le rhumatisme va toujours avec la colère, qu’il fasse cuire des feuilles, de l’écorce et des fruits du châtaignier dans de l’eau (extrait) et qu’il utilise cela dans le bain de sueur (sauna). Qu’il fasse cela fréquemment, et le rhumatisme prendra fin en lui et il aura un caractère doux» (PL 1226 b-C).

Prévention contre toute forme de rhumatisme (obstruction par mucosités, musculaire, articulaire) : coings.
Rhumatisme : 10 palmes de fougère bien verte cuite dans 5 litres d’eau en bain quotidien.
Douleurs
: poudre contre le rhumatisme (graines de céleri 60, rue fétide 20, noix de muscade 15, clous de girofle 10, saxifrage 5) à prendre avec de la confiture de coings.
Lumbago, sciatique, névralgie : élixir de menthe crépue (40 % de sève de menthe crépue dans du vin).
Arthrite : pommade contre l’arthrite (sève d’absinthe, graisse de cerf, moëlle de cerf, graisse de bouc).
État de faiblesse : bain avec ajout de décoction de branches de cyprès (3 mains/2 litres d’eau).

 

POUMONS, REFROIDISSEMENT ET GRIPPE

«Qui souffre des poumons doit boire du lait de chèvre fréquemment, et il sera guéri» (PL 1325 B).

«Qui est aussi malade des poumons et a un foie malade devrait manger souvent des amandes, soit crues, soit cuites, elles donnent des forces au poumon parce qu’elles ne dessèchent pas le malade, mais le rendent fort» (PL 1225 D).

Grippe virale (éternuements, céphalée, enrouement, gorge douloureuse, toux, inflammation d’estomac, douleur cardiaque) : poudre de feuilles séchées de géranium anglais authentique-pelargonium domesticum/grandiflorum 40 g, poudre de pyrèthre d’Afrique camomille-pyrèthre 35 g, et poudre de noix de muscade 25 g, une pointe de couteau.
Formes graves de grippes virales : vin à la racine d’impératoire cinq jours consécutifs impérativement.
Toux simple : vin de fenouil et d’aneth (50/50), et 1/3 de marrube.
Voix-enrouement : vin au bouillon-blanc (molène) et fenouil 50/50.
Rhinite aigüe chronique, allergique, infectieuse : fumée de fenouil 1/4 et d’aneth à respirer, manger les herbes chaudes.
Rhume de cerveau : jaspe humide-chaude dans le nez 20 minutes.
Sinusite-rhume des foins : fumée d’if.
Bronchite persistante (glaires dûs à la perturbation du métabolisme du foie) : élixir de scolopendre 20, miel pur 50, cannelle 10, poivre long 5, vin 0,5 l.
Amygdales : soupe de marrube (infusion 2 cuillères de plants de marrube/tasse d’eau)  à la crème.
Inflammation pulmonaire et difficulté respiratoire
: vin à la pulmonaire (décoction de pulmonaire 1 cuillère à soupe dans 1/4 litre d’eau).
Glaires : infusion de pulmonaire.
Inflammation, enflure des glandes lymphatiques, scrofules : feuille fraîche d’ancolie aquilegia vulgaris, à manger, ou poudre et sirop d’ancolie.

 

CŒUR, DEMEURE DE L’ÂME ET CIRCULATION

«L’âme demeure dans le cœur comme dans une maison, et fait entrer et sortir les pensées comme par une porte, elle les considère comme par une fenêtre, elle les conduit jusqu’au cerveau comme la fumée d’un feu s’échappe de la cheminée» (CC 95, 36).

«Qui souffre du cœur ou a un cœur faible, qu’il mange sans retard du galanga en quantité suffisante, et il ira mieux» (PL 1134 A).

Douleur au cœur, lassitude, surmenage, épuisement, insomnie : vin (1 l.) au persil (10 tiges fraîches), 2 cuillère à soupe de vinaigre, et au miel (100-150 g). (Elixir de persil : .lesjardinsdesaintehildegarde.com/?fond=recherche&motcle=Elixir+de+persil)

Douleur soudaine, angoisse de crise cardiaque, angine de poitrine : galanga.
Maladie organique : pilules pour le cœur (galanga, pyrèthre d’Afrique camomille pyrèthre, poivre, farine de haricots, sève de fénugrec séchée au soleil) et sirop pour le cœur (réglisse, fenouil, sucre, miel).
Artériosclérose : sève d’absinthe, sève printanière d’absinthe, miel, vin.
Artériosclérose cérébrale : coings.
Faiblesse de mémoire : sève d’ortie, huile d’olive.
Fortifiant du cœur : élixir d’absinthe (vin cuit dans le miel + sève printanière d’absinthe, 2,5% d’alcool).

 

ESTOMAC – INTESTINS ET CONFLIT PSYCHIQUE

«Qui a de la fièvre dans l’estomac, qu’il boive souvent de la poudre de gentiane dans du vin chaud, et son estomac sera purifié de la fièvre» (PL 1142 BC).

«Si un être humain souffre de toutes sortes de fatigues, d’inquiétudes, et suites de nourritures et boissons, si bien que sucs et glaires (encrassantes) se sont accumulées, alors l’âme tourmentée et fatiguée par ces contrariétés, succombe et arrête à un certain degré ses mouvements vitaux» (CC 163, 11-16).

«Qui a des douleurs d’estomac, qu’il fasse rôtir du foie de chèvre et qu’il en mange souvent jusqu’au milieu d’août, cela purifie son estomac et le guérit» (PL 1325 B).

«Quand l’ortie sort tout fraichement de la terre, elle est utilement cuite pour l’alimentation de l’être humain, parce qu’elle purifie l’estomac et le débarrasse des glaires» (PL 1168 D ; 1169 A).

«L’armoise … guérit l’intestin malade et réchauffe l’estomac malade … élimine et chasse la pourriture que le malade s’était attirée par les aliments et boissons prises antérieurement» (PL 1171 C; 1172 A).

«Toute faiblesse et toute sensation douloureuse de l’estomac se hâte d’aller vers les intestins (mal de reins, sciatique, douleurs du bassin et du bas-ventre) et font souffrir l’être humain en cette région» (CC 100, 16-28).

«Le pyrèthre d’Afrique (camomille pyrèthre) est bon pour l’homme en santé qui en mange, parce qu’il diminue en lui ce qui est corrompu, augmente en lui le bon sang, et lui assure un intelligence claire. Mais le malade qui est presque défaillant dans son corps, déjà mort dans son corps, le pyrèthre d’Afrique lui redonne des forces, et ne laisse dans l’homme rien qui ne soit pas digéré, mais il lui assure une bonne digestion» (PL 1138 C).

Douleur d’œsophage (pancréatite) : pommade de sapin appliquée sur le cœur.
Douleur d’estomac après copieux repas avec douleur au cœur, flatulence et poussée du diaphragme : galanga.
Mauvaise haleine : fenouil.
Mauvaise haleine persistante (due à la pourriture du corps et de la poitrine) : élixir de pêche (feuilles de pêcher et pêches écrasées, une poignée de réglisse, poivre, et miel cuits dans du vin).
Aigreur d’estomac : fenouil.
Nausée : poudre de cumin 30 g, poudre de poivre blanc 11 g, poudre de racine d’anis 8 g.
Embonpoint : pain de seigle si non-inflammation de la muqueuse de l’estomac, menthe blanche mentha aquatica en condiment.
Estomac lourd des personnes corpulentes : poudre d’armoise.
Inflammation de la muqueuse de l’estomac (gastrite, ulcère) : élixir de sauge sclarée (sauge sclarée folia salviae sclareae 10, menthe pouliot herba pulegii 6, fenouil semen fœniculi 2, miel 50, cuits dans du vin blanc). Ulcère doudénal, douleur de ventre, coliques ombilicales : poudre de gingembre, 2 x poudre de galanga, 1/2 poudre d’armoise, dans du vin.
Douleur d’hernies
(intestin « déchiré ») : chair de chèvre à manger souvent.
Soulagement des maladies d’estomac et d’œsophage : soupe aux châtaignes (3 cuil. à soupe de farine de châtaignes, 3 cuil. à soupe de farine d’épeautre, 1 cuil. à soupe de bois de réglisse, 1 cuil. à café de réglisse des bois polypode vulgaire, à cuire en purée).
Douleurs d’estomac
: ortie fraîche à cuire avec les aliments.
Estomac et intestin malade : armoise à cuire avec de la viande ou en purée.
Douleurs et glaires d’estomac avec fièvre : vin chaud de laurier.
Douleurs des gaz de pourriture de l’estomac dans l’intestin : compresse de décoction de sauge 1 vol., de rue fétide 10 vol., et de bryone 5 vol. appliquée sur le ventre.
Métabolisme, circulation-purgation douce : poudre de fenouil 16, de galanga 8, de dictame 4, et de piloselle 2.
Purgation-élimination des substances crasseuses vénéneuses : biscuits laxatifs chauds (gingembre 12, réglisse 6, zédoaire 4, sève d’euphorbe 2 gouttes, sucre, farine).
Surcharge d’aliments et boissons causant de l’asthme : menthe aquatique (menthe blanche) crue ou cuite avec plats de viandes, soupes, légumes.
Estomac embarrassé : menthe pouliot pulegium ajoutée à la viande.
Constipation : biscuits laxatifs au gingembre (ci-dessus); grains d’épeautre cuits froids réduits en morceaux dans la salade.
Flatulences : comprimés de galanga.
Spasmes intestinaux : comprimés de fenouil; tanaisie sans fleurs en bouillon de viande; élixir de sauge ; viande de cerf, tartine de marmelade de cornouilles.
Normalisation-purification de la flore intestinale et purification de l’estomac : salade de laitue aux grains d’épeautre cuits froids.
Douleurs intestinales
: élixir (liqueur) de sanicle (sève de sanicle en décoction, réglisse, miel).
Colite (inflammation du côlon) : soupe de haricots mangée sans les haricots.
Pour purifier les intestins et bonne digestion
: élixir d’absinthe (vin cuit dans le miel + sève printanière d’absinthe, 2,5% d’alcool).

Origines intra-utérine du conflit psychique de l’estomac qui donne la crispation constante :

  • Les excès devront être contrecarrés par l’abstinence, le renoncement au trop plein de nourriture (le dieu du ventre), de compte en banque, de parure, de superflu ; restrictions et sacrifices agréables à Dieu pendant la grossesse, en faveur des pauvres et par amour du Fils de Dieu (PL 626 B).
  • L’idée de la vérité, la fausseté, le mensonge dont le principe consiste à s’élever plus haut que les étoiles, fondé sur l’orgueil, et qui peut générer l’arrogance des mères construisant la vie de leur enfant dans leur esprit.
  • L’inquiétude, due à l’insatisfaction et la préoccupation constante de se hausser en rabaissant autrui (Vit. merit. II 84).
  • L’athéisme, « Dieu qu’est-ce que c’est que cela ? N’est-ce donc pas nous ? » (Vit. merit. II 98), auquel s’oppose la foi en Dieu.

 

LA RATE, ALIMENTS CRUS, GLAIRES ET GAÎTÉ DÉPLACÉE

«Lorsqu’un être humain a pris…des aliments crus qui n’ont pas été tempérés par le feu ou quelque autre condiment, ils ne peuvent pas être facilement digérés dans son estomac… Ainsi les mauvais sucs qui auraient dû être tempérés et éliminés au moyen du feu ou de quelque autre condiment, sel ou vinaigre de vin, montent vers la rate, la font enfler et la rendent douloureuse» (CC 98, 28-37).

«Lorsque l’estomac est irrité par divers aliments nuisibles, et que la vessie est affaiblie par diverses boissons nuisibles, ils fournissent aux intestins de mauvaises humeurs et envoient une mauvaise fumée à la rate. Celle-ci gonfle, s’enfle et devient blessée-enflammée et, par suite de son enflure et douleur, le cœur devient douloureux et chargé de glaires» (CC 95, 13-19).

«De même que la tristesse et la colère affaiblissent l’homme et le dessèchent, un rire déplacé nuit aussi à la rate, affaiblit l’estomac et fait que le métabolisme se déroule en sens inverse» (CC 149, 17-29).

Douleur à la rate : viande de chèvre/agneau cuite préalablement trempée dans du vin à l’onyx; fruits du fusain evenymus europeus cuits cuits dans du vin.
Douleurs du cœur et de la rate : vin des cardiaques (vin au miel et au persil).
Douleurs de la rate et de la poitrine : électuaire de galanga 6, origan 12, céleri 12, poivre blanc, miel (poudre à cuire dans le miel).

 

REINS, PROTECTEURS DE L’ORGANISME

«La région des reins est le firmament et l’entrepôt de chaleur pour tout l’organisme. Dans la région des reins se trouvent de très forts vaisseaux sanguins qui les tiennent fortement par lesquels tout l’organisme est protégé. Mais quand un homme ressent des douleurs aux reins, cela provient de la faiblesse de l’estomac» (CC 100, 3-4 ; 11-15).

«Quand un être humain a des douleurs dans la région rénale ou aux lombes, cela arrive souvent à cause d’une maladie de l’estomac» (CC 180 15).

Faiblesse d’irrigation sanguine des reins due à la maladie de l’estomac avec troubles digestifs : élixir d’absinthe.
Fonction rénale affaiblie, régénération du tissu rénal après calcul, gravelle rénale, hypertension : pommade de rue vineuse en massages (rue fétide folium rutae 10, absinthe absinthii 10, essence de rose 5 gouttes, graisse d’ours 50).
Maladies du système rénal : élixir d’absinthe (vin cuit dans le miel + sève printanière d’absinthe, 2,5% d’alcool).

 

FOIE – ATELIER DE LA VIE

«Le foie se comporte comme un récipient dans lequel le cœur, le poumon et l’estomac déversent leurs sucs, qu’ensuite le foie de nouveau fait couler dans tous les organes, tout comme un vase placé près d’une fontaine fait couler en d’autres endroits l’eau qu’il a reçue de la fontaine. Mais si le foie est percé et pourri… il ne peut plus recevoir du cœur, du poumon et de l’estomac les bons sucs. Ces sucs et ces liquides retournent donc au cœur, aux poumons et à l’estomac et y provoquent une sorte d’inondation. Si cette maladie s’est installée dans un homme, celui-ci ne peut vivre longtemps» (CC 98 10-20).

«Parfois les humeurs (trouble du métabolisme) se glissent en surnombre sur la région de la poitrine de l’être humain, et par la suite elles submergent le foie, ce qui suscite des rêveries diverses et excessives. De là ces humeurs montent au cerveau et l’affectent, puis elles redescendent à l’estomac et engendrent de la fièvre» (PL 793 D).

«Par suite de ces inondations les intestins se mettent en mouvement autour du nombril de l’être humain, elles montent au cerveau et peuvent le rendre furieux» (PL 704 A).

«La douleur du foie provient souvent d’un excès de sang ». »La chaleur et le mordant du vinaigre resserre le foie» (CC 176).

«Si quelqu’un souffre du foie, qu’il écrase souvent les châtaignes et les mette dans du miel, et qu’avec ce miel il en mange souvent, et son foie sera guéri» (PL 1227 A).

Affection du foie causant une toux chronique : élixir de scolopendre (feuilles de scolopendre scolopendrium vulgae 20, miel 50, cannelle 10, poivre long 5, vin 500).
Douleur du foie : vin de mûres à boire souvent; nourriture à tempérer par un peu de vinaigre (CC 176); miel aux châtaignes.
Congestion du foie avec congestion pulmonaire : vin cuit avec la lavande sauvage (lavande aspic lavendula spica/officinalis).
Foie paresseux : poulet cuit avec de l’hysope; vin à l’hysope crue.
Affection des poumons et du foie : manger souvent des amandes.

 

LA BILE ET LA COLÈRE, LA BILE NOIRE ET LA TRISTESSE

«Au moment même où Adam viola le commandement de Dieu, la mélancolie s’emmagasina dans son sang…la mélancolie (la bile noire) se coagula dans son sang et fit s’élever en lui la tristesse et le désespoir, parce qu’à la chute d’Adam, le diable amoncela en lui de la mélancolie, qui parfois fait de l’homme un sceptique et un incrédule» (CC 143, 22).

«Lorsque l’âme de l’homme a senti quelque chose de nocif pour elle ou pour son corps, le cœur, le foie et les vaisseaux sanguins se contractent. De la sorte il s’élève au cœur comme un nuage qui assombrit le cœur de sorte que l’homme devient triste. Après la tristesse s’élève la colère. Quand l’homme a compris d’où lui vient la tristesse, alors ce nuage de tristesse qui a affecté son cœur produit une chaude fumée dans toutes les humeurs autour de la bile, met la bile en mouvement, et ainsi de l’acidité biliaire se produit la colère silencieusement. Si la colère n’a pas cessé, ce gaz s’étend sur la bile noire, l’excite, et celle-ci émet un nuage noir qui passe sur la bile…celui-ci passe au cerveau et fait perdre la tête. Puis il descend au ventre…et fait devenir l’homme insensé. L’homme s’oublie et la colère éclate. Et souvent par la colère l’être humain contracte de graves maladies, les acides biliaires et la bile noire maintes fois rendent l’homme malade» (CC 146, 4-27).

«L’homme en qui la bile est plus forte que la bile noire (mélancolie) dompte facilement en lui la colère. Mais celui en qui la bile noire a plus de force que la bile, a tendance à se mettre en colère. Les bons et doux aliments augmentent l’acide biliaire…la substance de la bile noire diminue sous l’effet des bons et agréables aliments. Mais les nourritures mauvaises, amères, malpropres et mal préparées augmentent la concentration de la bile noire» (CC 146, 29-147, 1).

Ictère (simple jaunisse) par surabondance de bile, d’humeurs, la fièvre, la colère : eau froide à l’aloès matin et soir ; boire vin ou eau avec un diamant trempé au fond.

 

LES NERFS

«Maintes fois de mauvaises humeurs engendrent chez quelques personnes une fumée qui peut monter jusqu’à leur cerveau et l’empoisonne de telle sorte qu’elles deviennent folles, oublieuses et abandonnées de toute leur raison» (CC 145, 8-11).

«Qui a le cerveau vide, un visage au teint pâle et des maux de tête, doit manger souvent les fruits de l’amandier, et ceux-ci emplissent son cerveau» (PL 1225 C).

«Un homme dont le cerveau est vide par aridité et faible de tête, qu’il fasse cuire les fruits du châtaignier dans de l’eau sans rien y ajouter… son cerveau grandira et se remplira, ses nerfs seront forts, et sa douleur de tête disparaîtra» (PL 1227 A).

«Les grains de psyllium réjouissent l’esprit accablé de l’être humain grâce à leur doux tempérament» (PL 1140 B).

«À l’être humain bien portant, il est bon à manger, parce qu’il diminue les substances nocives en lui, y augmente le bon sang et lui assure un esprit clair. A la personne sans force, elle redonne des forces. Le pyrèthre d’Afrique est un remède universel, car il conserve la santé et expulse la maladie» (PL 1138 C).

«Quand un être humain porte la sardonyx sur soi contre la peau nue… son intelligence, sa science et tous les sens de son corps en sont fortifiés. De cette personne sont enlevées la colère, la sottise et l’indiscipline (lascivité), et à cause de cette pureté le diable la hait et la fuit» (PL 1253 A).

«Cette pierre (calcédoine bleuâtre) écarte de l’homme la maladie et lui donne une forte position contre la colère, en sorte que son comportement devient si pacifique qu’à peine pourrait-on trouver quelqu’un qui puisse par une injustice l’offenser et l’entraîner à se montrer coléreux, même de façon justifiée» (PL 1258 A).

Nerfs : biscuits pour les nerfs (poudre de noix de muscade 45 g, de cannelle 45 g, de clous de girofle 10 g, mélangées à 1,5 kg de farine d’épeautre, sucre, sel, levure en poudre, jaunes d’œufs); épeautre; grains de plantain plantago psyllium; pyrèthre d’Afrique.
Cerveau : amandes, châtaignes cuites.
Migraine, mal de tête : poudre de fenouil 35 g, galanga 28 g, réglisse 22 g, sédum âcre 15 g, et miel, à cuire avec des poires en bouillie.
Colère, sottise, indiscipline : sardonyx à porter sur la peau nue.
Tristesse : sédum âcre crue à manger; réglisse; hysope.
Mélancolie-esprit sombre : élixir d’arum (1 litre de vin cuit à la racine d’arum 2 cuil. à thé).
Maussaderie, inquiétude, dépression chronique : élixir de violette (vin 600, violette 20, galanga 5, réglisse 10).
Psychotonique contre la colère-emportement : calcédoine bleuâtre portée en collier ou bracelet à même la peau.
Mélancolie : élixir d’absinthe (vin cuit dans le miel + sève printanière d’absinthe, 2,5% d’alcool).

 

SCARIFICATION, VENTOUSES

«La scarification est bonne et utile pour que les humeurs et les glaires (lymphe) nocives qui sont dans l’être humain soient diminués» (CC 126, 24).

«Quand les yeux deviennent troubles par suite de mauvaises humeurs ou qu’ils sont enflés, il faut procéder trois ou quatre fois par an à une scarification derrière les oreilles et à la nuque» (CC 122, 12-16).

«Qui souffre de la poitrine doit être scarifié aux omoplates» (CC 127, 1-2).

«Qui a des douleurs au côté ou jusque dans la cuisse (sciatique), doit mettre les ventouses à la hauteur de la hanche sur les îles (au-dessus des fesses)» (CC 127, 2-4).

«Quand quelqu’un est tourmenté dans le bas-ventre, par des maux de femme, doit être scarifié entre le séant et le poplité, c’est-à-dire aux cuisses» (CC 127, 4-5).

 

MOXIBUSTION POUR LES RAIDEURS ET L’IRRIGATION SANGUINE

«La moxibustion est en tout temps bonne et utile, elle diminue les humeurs et les substances lymphatiques, et procure au corps la santé» (CC 128, 5).

«Qui a des douleurs aux yeux, aux oreilles ou dans toute la tête, doit être brûlé de façon seulement légère derrière l’oreille (le long des cervicales). Quand le dos fait mal, il doit être brûlé légèrement entre les omoplates. Qui a des douleurs aux viscères, doit être brûlé au sacrum (en haut du sacrum). Qui a beaucoup d’humeurs dans tout le corps, doit être brûlé entre le tibia et le mollet» (CC 129, 30-33).

 

LE SOMMEIL ET LES RÊVES

«Dans le sommeil, l’âme de l’être humain revigore les nerfs avec toutes leurs forces rassemblées, et fortifie les os, régénère le sang, renouvelle les tissus, réunit les différents membres et amplifie dans le subconscient la sagesse et la science de l’homme…Dans le sommeil la moëlle nerveuse se réchauffe parce qu’elle s’accroît, s’engraisse et devient claire» (CC 81, 32-82, 4).

«Assez souvent l’âme de l’être humain est appesantie aussi dans le sommeil par ses pensées, opinions ou volontés qui l’ont occupée à l’état de veille…Peu importe qu’il s’agisse de bonnes ou mauvaises pensées. Si ces pensées sont bonnes et saintes, la grâce de Dieu montre souvent à l’être humain la vérité dans les rêves. Mais si ce sont des pensées vaines, le diable le remarque, et maintes fois terrorise son âme et mêle ses mensonges à ces pensées-là ».

«Même à des saints, il fait souvent, avec des ricanements, voir des choses honteuses. Quand un être humain au moment de s’endormir est occupé de gaillardise ou de tristesse, de colère, d’inquiétude, d’ambition ou d’autres vices, le démon par sa supercherie lui propose souvent cela encore dans le rêve, parce qu’il le remarqua en lui lorsqu’il était éveillé.

«Quand un être humain s’endort en pensant à la délectation charnelle, le diable sarcastique la lui présente encore, de sorte qu’il lui montre des corps de personnes vivantes ou défuntes avec lesquelles il a été en relation, ou même qu’il n’a jamais vues de ses yeux corporels. Il lui semble alors qu’avec elles il goûte du plaisir à pécher et à éjaculer, exactement comme s’il était éveillé et que celles-là étaient encore vivantes. Comme le diable mène avec l’homme éveillé son jeu furieux par ses suggestions, il ne lui laisse pas non plus de repos dans ses rêves» (CC 82, 33-83, 21).

«Le diable hait les forces vertueuses qui sont dans l’homme, il hait aussi toutes les créatures qui ont de fortes vertus salutaires et sont cachées dans les animaux et les plantes. Elles sont pures, belles et utiles. Qui est donc tourmenté jour et nuit, à l’état de veille ou pendant son sommeil, par des phantasmes diaboliques, doit se mettre en quête des remèdes indiqués par Dieu contre cela» (CC 144, 18-23).

Pour préparer le système nerveux au sommeil et l’insomnie chronique : entrée dans l’eau, bain chaud à la lavande, dormir sur de la peau de blaireau ; matelas de glume d’épeautre.

Pour chasser les influences diaboliques : coussin de bétoine.

Fougère : Maux et force magiques la fuient (Phys. I c. 47).

Lavande : Écarte les esprits mauvais (Phys. I c. 35).

Myrrhe : Chauffée et portée écarte les phantasmes, pratiques magiques, et envoûtements causés par des paroles mauvaises et des herbes (Phys. I c. 176).

Anis vert : Portée au cou contre la magie en nourriture et boisson (Phys. I c. 131).

Mandragore : Purifiée un jour et une nuit dans une fontaine, contre les effets (ardeurs du corps sans retenue) de pratiques magiques, ou à défaut de mandragore utiliser des premières pousses de hêtre (Phys. I c. 56).

Souffre : Sa fumée affaiblit sorcellerie, enchantements et apparitions (Phys. I c. 88).

 

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MÉDECINE D’HILDEGARDE ET VERTUS 

Les vertus chrétiennes font partie intégrante de la médecine d’Hildegarde parce que l’âme est la forme du corps, c’est l’âme qui fait que le corps est ce qu’il est. Les vices rendent malades et les vertus guérissent. D’après Hildegarde le meilleur remède est l’humilité, la reine des vertus. Voici ce que déclarent les vices et ce que répondent les vertus selon Hildegarde.

Vices et vertus localisés dans la région de la tête – organes des sens, hormones :
1 – L’amour du monde vs l’Amour du ciel – sens de la vue et yeux
2 – L’impudence vs la Discipline – sens de l’ouïe et oreilles
3 – La bouffonnerie vs la Modestie – sens  de l’odorat et nez, gorge, poumons
4 – La dureté de cœur vs la Miséricorde – sens du goût, bouche, langue, gencives et dents
5 – La lâcheté vs la Victoire de Dieu – sens du toucher et peau
6 – La colère vs la Patience – cerveau et bile noire, rhumatisme, nerfs
7 – La joie déplacée vs le Gémissement à Dieu – psychisme, inversion du métabolisme, rate, hormones et neuro-transmetteurs, nerfs
Vices et vertus localisés dans la région des épaules aux hanches – organes digestifs, viscères et glandes :
8 – La gloutonnerie vs l’Abstinence – conflit psychique, foie, crispation constante, intestin
9 – L’amertume vs la Largesse –
10 – L’impiété vs la Piété –
11 – Le mensonge vs la Vérité – conflit psychique, crispation constante, ulcère de l’estomac et de l’intestin
12 – La dispute vs la Paix – conflit psychique, intestin et vésicule biliaire et bile noire
13 – Le malheur vs le Bonheur – hypocondrie, crispation constante
14 – L’intempérance vs la Modération – foie
15 – La ruine des âmes vs le Salut des âmes – conflit psychique et crispation constante du ventre
Vices et vertus localisés dans la région des hanches aux genoux –  organes internes :
16 – L’orgueil vs l’Humilité – inflammation, rhumatismes
17 – L’envie vs la Charité – cœur et circulation
18 – La vaine gloire vs la Crainte du Seigneur – vésicule biliaire et bile noire
19 – La désobéissance vs l’Obéissance – nerfs
20 – L’infidélité vs la Foi –
21 – Le désespoir vs l’Espérance – défenses, immunité ; conflit psychique et fonction des intestins, nerfs
22 – La luxure vs la Chasteté – nerfs, sommeil, force et vigueur
Vices et vertus localisés dans la région des genoux aux mollets – forces vertueuses :
23 – L’injustice vs la Justice –
24 – La torpeur vs la vaillance – force vitale, rhumatismes, nerfs
25 – L’oubli de Dieu vs la Sainteté –
26 – L’inconstance vs la Constance – irrigation sanguine, nerfs
27 – L’inquiétude des choses terrestres vs le Désir du ciel – nerfs
28 – L’obstination vs la Repentance – vaisseaux sanguins
29 – La cupidité vs le Mépris du monde – articulations et toxines
30 – La discorde vs la Concorde –
Vices et vertus localisés dans la région des mollets aux pieds – force qui porte et maintient :
31 – La moquerie vs le Respect – nerfs
32 – Le vagabondage vs la Stabilité – nerfs
33 – La magie vs le vrai culte de Dieu –
34 – L’avarice vs le Contentement – toxines
35 – La tristesse mondaine vs la Joie céleste – foie, défenses, immunité, bile noire, nerfs

 

1 – L’amour du monde vs l’Amour du ciel

Sens de la vue et yeux

«Le tentateur fait aimer aux hommes des idoles en convaincant leur raison humaine de repousser le vrai Dieu dont la divine clarté est invisible pour eux en raison de leur imperfection».

L’amour du monde (Amor saeculi) déclare : « Je détiens le pouvoir sur le monde avec ces fleurs et ces parures. Pourquoi devrais-je dépérir alors que je possède toute cette verte vigueur ? Pourquoi devrais-je me comporter comme un vieillard alors que je m’épanouis dans la jeunesse ? Comment pourrais-je me priver de la vue de ces belles choses? Si cela arrivait j’en rougirais de honte. Aussi longtemps que je pourrai posséder les beautés de ce monde, je les savourerai avec délice. Je ne connais pas d’autre vie et je ne comprends pas ce que disent les fables que j’entends » (Vit. merit. 1, 10).

L’Amour du ciel (Amor cælestis) répond : « Tu commets une grave erreur quand une étincelle dans la cendre te convainc que tu vis pleinement et quand tu ne souhaites pas cette vie dont jamais la beauté juvénile de s’altère, et que la vieillesse ne fait jamais décliner. Tu es exclu de toute lumière ; au contraire tu tâtonnes dans la nuit noire, et les désirs humains te ravalent au rang de ver. Toi aussi tu vivras l’espace d’un instant, puis tu te dessécheras comme de la paille, et de la sorte tu tomberas dans les abîmes de l’anéantissement ; là où l’attachement que tu portes à ce que tu nommes des fleurs aura disparu avec toi. Moi je suis le pilier de l’harmonie céleste, et je pourvois à toutes les joies de la vie. Je ne rejette pas la vie mais je méprise le péché, de même que je te dédaigne toi aussi. Je suis donc le miroir de chaque vertu dans lequel se mirent attentivement tous les fidèles. Quant à toi tu cours dans l’obscurité, et tes mains s’affèrent à des tâches inutiles (Vit. merit., 1ère vision).

«O douce vie, ô doux embrassement de la vie éternelle, ô bienheureuse félicité en laquelle sont les récompenses éternelles ! tu es toujours si délicieuse que je ne puis avoir assez de foi. Jamais je ne puis être rassasié de la joie intime qui est en mon Dieu » (Scivias, III, 3ème vision, 1).

2 – L’impudence vs la Discipline

Sens de l’ouïe et oreilles

«L’homme impudent erre suivant son caprice, mobilise beaucoup d’être humains et les trompe tout comme un chien attrape du gibier. … cet homme là n’obéit pas à la règle car son cœur est instable, et il n’est préoccupé que de choses creuses ; suivant son humeur son attention se consacre à un moment donné aux belles choses et le moment d’après aux laides selon ce qui l’intéresse».

L’impudence (légèreté) (Pétulantia) déclare : « Pourquoi la joie que j’apporterais aux hommes ne serait qu’un timide rire ? En effet leur âme est remplie d’une jolie petite mélodie alors qu’elle peut être pleine d’une symphonie. Quel est l’homme qui pourrait sans cesse être triste comme la mort? Aucun, c’est pourquoi il faut être joyeux tant qu’on peut l’être » (Vit. merit. 1, 12).

La Discipline (Disciplina) répond : « Tu es tout à fait malfaisante, tes manières semblables à celles d’un homme moqueur te rendent pareille au tourbillon du vent, et par ton inconstance, tu es comme un ver qui fouille la terre. En effet, quand les hommes te voient tu rencontres l’approbation, car tu vas joyeuse vers eux comme il est de mise chez un chien et de cette façon tu les encourage à agir suivant leurs désirs. Mais tu profères des paroles odieuses et scélérates qui blessent le cœur de l’homme ; et c’est seulement en apparence que tu te comportes conformément à la Loi, pour mieux rallier les hommes à ta manière de vivre. Moi je porte la droiture comme ceinture et l’honnêteté comme manteau, et je suis l’honorable invitée du mariage royal, où j’apparais enjouée et pleine de discipline, et où je me dresse parée de tous les attributs de la justice » (Vit. merit. 1, 13).

3 – La bouffonnerie vs la Modestie 

Sens de l’odorat et nez, gorge, poumons

«La bouffonnerie suit le chemin tracé par l’impudence lorsque les hommes se laissent distraire des choses célestes par des spectacles divers et discordants. Lorsque les sarcasmes et la lassitude produits par l’impudence ont atteint l’âme de tels hommes, ces derniers remuent beaucoup d’air pour rivaliser en plaisanteries. Ce vice encourage les mœurs dépravées, et les vilaines actions humaines, et n’a besoin de prendre modèle sur personne lors de ses vols puisqu’il peut dérober ce qu’il veut en usant de ses dons d’escamoteur … La plaisanterie par ses manières inconvenantes, pousse les hommes à jouer comme ils le veulent, et de la façon dont ils le décident».

La bouffonnerie (raillerie, plaisanterie) (Joculatrix) déclare : « Combien vaut-il mieux faire des blagues que de broyer du noir ! L’homme et l’animal, les hommes et les animaux poursuivent ensemble leurs jeux plaisants. Il vaut mieux s’amuser qu’être triste, car le jeu ne fait pas de mal. Tous ceux qui connaissent Dieu se réjouissent et chantent. Le ciel se réjouit avec toutes les créatures et moi je me réjouis avec elles. Si je montrais une triste figure aux gens ils me détesteraient et me fuiraient. Donc c’est ce que je ne fais pas, au contraire, je marche de ci de là en m’amusant, afin que tout le monde se réjouisse avec moi » (Vit. merit. 1, 14).

La Modestie (retenue) (Verecundia) répond : « Tu es idolâtre et n’agis que selon tes caprices, et tu es le son vite éteint produit par la main de l’homme. Ton comportement est à la fois humain et bestial, car tu as des manières tantôt d’homme tantôt d’animal. Mais les manières que tu adoptes ne sont pas celles d’un vivant mais celles d’un mort, parce que tu te saisis de tout ce dont tu as envie, et que tu erres sur le chemin hasardeux de la futilité. Moi je rougis de honte face à cela. Je me cache sous les ailes du chérubin et j’apprends les mystères de Dieu dans Ses écrits et dans ses ordres, et je suis vivante dans la grandeur du Ciel. En effet je regarde avec des yeux innocents et j’aspire à des manières honnêtes dictées par Dieu, alors que toi tu les fuis dans une ignorance aveugle » (Vit. merit. 1).

« Disparaissez souillure et ordure de ce monde ! Allez vous cacher car mon Bien-Aimé est né de la Vierge Marie » (Scivias, III, 3).

4 – La dureté de cœur vs la Miséricorde

Sens du goût, bouche, langue, gencives et dents

«Une fois que l’homme a cédé au harcèlement de la plaisanterie, il se lasse et son cœur commence à s’endurcir car il n’a pas été touché par le nectar céleste. … Alors il ne connait pas de limites. Aucune tendresse, rien que de la rudesse et de la malveillante malignité. … la bonté aillant déserté leur cœur, ils ne sont plus ni miséricordieux, ni bienveillants… Ils regardent partout autour d’eux qui ils pourraient blesser par le venin de l’envie semblable au venin de la vipère. C’est le pire des vices les plus graves : elle n’épargne rien et ne montre aucune pitié, elle déconsidère l’homme et se soustrait aux bienfaits que lui apporte la création».

La dureté de cœur (Obduratio) déclare : « Je n’ai vraiment rien fait et donc ne porte aucune responsabilité. Tout m’est complètement indifférent. Pourquoi d’ailleurs me tourmenterais-je ? Personne ne prête attention à moi, aussi je ne prendrai la défense de quiconque. Il appartient à Dieu de prendre soin de Sa création,  puisqu’elle est issue de Ses mains. Si je  m’aventurais à prendre soin de quelqu’un je n’en retirerais aucun bénéfice. Si je faisais preuve de compassion devant chaque problème dans le monde je n’aurais plus le temps de m’occuper de mes propres affaires. Je ne connais donc que moi-même et chacun devrait en faire autant : ne se soucier que de lui-même » (Vit. merit. 1, 16).

La Miséricorde (Miséricordia) répond : « O pierre, qu’as-tu à m’apprendre ?  Les herbes et les plantes abondent sur la terre et chacune émet un parfum délicieux et chaque pierre précieuse disperse son éclat à toutes les autres. La création toute entière aspire à l’affection et à l’amour. Elle se tient au service de l’humanité et donne comme don le meilleur d’elle-même sans rien attendre de retour. Tu es cruelle et irréfléchie pareille à une fumée noire, âpre et toxique. Mais moi je suis comme la rosée, dotée d’une puissante énergie de vie, un doux remède pour chacun. Mon cœur est rempli d’amour pour ceux qui ont besoin de mon secours. J’existe depuis l’origine de la vie, depuis que le fiat – que cela soit ! – a créé le monde. Déjà tu étais exclue. Mes yeux voient sans cesses ce qui doit être vu, je me sens responsable et je guéris les malades, je suis un doux remède pour tous. Ma compassion est sincère, je me porte sans cesse vers le nécessiteux, l’étranger, le pauvre, le faible, le blessé qui gémit » (Vit. merit. 1).

« J’étends continuellement mes mains vers tous les déracinés et les nécessiteux, vers tous les pauvres et les faibles, vers tous ceux qui soupirent dans la pauvreté » (Scivias, 3ème vision, 4).

5 – La lâcheté vs la Victoire de Dieu

Sens du toucher et peau

«La lâcheté est comme l’infecte jalousie, et comme les vers répugnants qui pullulent dans la terre, puisqu’un homme endurci ne désire plus rien de bon, il tombe dans la lâcheté».

La lâcheté (mollesse) (Ignava) déclare : «Je ne veux causer de la peine à personne et vivre en plaisant à chacun pour n’être privé de rien. En effet, si j’offensais quelqu’un je mettrais ma vie en jeu et je serais privée d’amis. J’honorerai les nobles et les riches, mais je ne me soucierai en rien des saints et des pauvres, car ils ne peuvent m’apporter aucun bénéfice. Tout ce que je veux c’est vivre sans contrarier personne pour rester en vie, car si je me battais avec un autre, il me frapperait plus fort et si je lui infligeais une blessure, il me la rendrait en pire. Tant que je serai parmi les hommes, je serai en paix avec eux, qu’ils fassent le bien ou le mal, je me tairai. Je préfère mentir ou tromper de temps en temps que de dire tout le temps la vérité. Mieux vaut obtenir quelque chose que de le perdre et fuir devant les forts que les combattre. Les courageux et les sages rient de moi, mais j’ai choisi ma maison. Bien souvent ceux qui disent la vérité passent à côté des belles choses et ceux qui combattent sont tués » (Vit. merit. 1, 19).

La Victoire de Dieu (Divina victoria) répond : « Tu commets ta première erreur en proférant ainsi des paroles hostiles à Dieu, et tu ne veux pas respecter la Justice;  puisque dans ton inconsistance tu t’es exilée tremblante et insensible, ta bienveillance trop versatile a abusé les hommes. De plus, il n’y a pas de droiture en toi. Moi je possède l’épée de Dieu dotée de la très puissante force, avec laquelle je tranche toute injustice,  et je le dégaine pour t’en frapper à la mâchoire. Je n’aurai aucune pitié envers toi car tu es de la cendre dans la cendre; et quoi que tu désires et obtiennes, cela est mesquin et misérable. Moi je veux m’abreuver à la fontaine jaillissante, je combats l’ancien serpent et je détruis tous ses déguisements grâce au mystère de l’Écriture de Dieu, en lesquels j’ai toujours confiance lors des batailles qu’il livre au Diable, et ainsi je resterai toujours fidèle à la vérité de Dieu » (Vit. merit. 1).

« Je remporte la victoire sur le diable qui est fort et aussi sur toi haine, envie et encore sur toi lubricité, ainsi que sur tous ceux qui s’amusent à se mystifier » (Scivias III, 3ème vision, 5).

6 – La colère vs la Patience

Cerveau et bile noire, rhumatisme, nerfs ; la colère délabre les nerfs.

«la colère nait en l’homme et le rend mauvais. … un homme en colère ne tient compte ni de lui-même ni des autres, mais il se détourne de la justice comme s’il était aveugle, et il envoie des ouragans de fureur. Il diffuse dans ses projets la méchanceté par sa pensée, et en la mettant en pratique il ne fait que la rendre évidente. Il détruit aussi bien ceux qui lui veulent du bien que ceux qui lui veulent du mal, rendant souvent le mal à la hauteur du bien qui lui a été fourni. … lorsque par la colère la conscience de l’homme ignore la paix, la loi et la légitimité des institutions, cet homme démolit tout ce qui lui apporte de la stabilité. … Il fait fuir tout ce qui est droit et juste : la modération et la douceur des intentions bienveillantes. … il est prisonnier de son propre caprice et des seuls penchants de son cœur, la colère est exaltée par la liberté qu’elle prend à suivre audacieusement sa propre volonté, elle foule au pied ce qu’elle a abimé pour prendre cette liberté et elle se dirige vers l’injustice. … la colère dépouille l’homme de sa bonne réputation et de sa santé mentale ; l’homme en colère ne se soucie pas de ce qui est bon et juste».

La colère (Ira) déclare : « J’écrase et détruis quiconque me blesse. Pourquoi endurer des blessures ? Si tu aimes la sérénité, ne m’approche pas. Quiconque voudra me faire du mal, je le frapperai de mon épée et le mettrai en pièces avec ma massue » (Vit. merit. 1, 22).

La Patience (Patientia) répond : « Ma voix est répercutée par les plus hauts sommets, et se porte même au-delà des frontières de ce monde. Ma sérénité est comme un baume suintant de la terre. Mais toi, tu es un parasite, une sangsue, le crime même. Je suis la douce énergie de vie, la viridité. Je porte en moi les fleurs et les fruits inhérents à toutes les vertus et j’établis fermement celles-ci dans l’esprit des hommes, car tout ce que j’entreprends je le termine avec persévérance; je ne frappe personne. Je suis consciente du mal et le maîtrise par mon attitude de bienveillante tranquillité. Je n’écrase personne, je fais en sorte de vivre en harmonie avec tous. Personne ne me déteste. Et je détruirai la tour que tu dresses, parce que je demeure pour toujours, tandis que toi tu périras ». « Je suis dans le commencement avec le très fort Fils de Dieu qui vint du Père en ce monde pour sauver les hommes et qui retourna au Père. En de très grandes douleurs il mourut sur une croix ; ressuscité des morts il monta au ciel. C’est pourquoi je ne veux pas être confondue en fuyant les misères et les douleurs de ce monde » (Vit. merit. 1 ; Scivias, III, 3ème vision ; PL 591 B).

7 – La joie déplacée vs le Gémissement à Dieu

Psychisme, inversion du métabolisme, rate, hormones et neuro-transmetteurs, nerfs

«La joie déplacée suit la colère car elle est en quelque sorte la vengeance et l’attiédissement de la colère».

La joie déplacée (impertinente) (Ineptia laetitia) déclare : « Je m’aménage une douce vie et un beau destin. Pourquoi donc m’en empêcherais-je ? Car cette vie pour laquelle j’ai été conçue, c’est Dieu qui me l’a donnée. Quel est mon problème si Dieu réside dans ma chair contient des impuretés, ce n’est pas  blâmable. Beaucoup De gens vivent en aveugles, et ne savent pas ce qu’ils font. Mais moi je sais parfaitement comment mener cette vie, et je désire la vivre pleinement » (Vit. merit. 1, 25).

Le Gémissement à Dieu (Gemitus ad Deum) répond : «Toi l’impudique, comment ne rougis-tu pas de honte de confondre ta vie aveugle et muette avec la véritable vie où il n’y a point d’obscurité ? Par ton comportement, tu transgresses la justice et la vérité, de même que tu es dépourvue de raison. Je sais que la vie de ce monde se dessèche comme de la paille. Aussi j’aspire à la vie qui ne finira pas, à l’harmonie du ciel et aux joies des anges et des bons esprits, sans cesser de m’en lasser, car elles sont mes amies et je ne m’en éloignerai jamais » (Vit. merit. 1, 26).

8 – La gloutonnerie vs l’Abstinence

Conflit psychique, foie, crispation constante, intestin

«La gloutonnerie exalte dans l’esprit des hommes la volonté individuelle par un sentiment illusoire de puissance, parce que quand ils ont rempli leur ventre, ils commencent à s’enorgueillir comme s’ils avaient tous les biens, à mépriser toute chose sans la moindre honte, à ne vouloir se soumettre à personne».

La gloutonnerie (boulimie) (Ingluvies ventri) déclare : « Dieu a tout créé ; pourquoi devrai-je y renoncer ? Si Dieu ne savait pas qu’on aurait besoin de toutes les choses, il ne les aurait pas créées. Je serais donc bien fou si je ne voulais pas jouir de toutes ces bonnes choses puisque Dieu veut que la chair de l’homme ne défaille pas » (Vit. merit. 2, 4).

L’Abstinence (Abstinentia) répond : « On ne joue pas de la harpe en arrachant et en piétinant les cordes de l’instrument. Toi, le glouton, tu te bourres le ventre jusqu’à en faire éclater les veines, puis tu te tords de douleur. Où donc est passé le doux son de la sagesse que Dieu a donné à l’homme ? L’excès de viande et de vin, tout comme les grosses averses, ravagent la terre par inondation, conduisent l’homme à se noyer dans le blasphème. Mon estime va à la belle image que j’ai vue lors de la création de l’homme et de la femme façonnés avec le limon de la terre. Je suis une pluie régulière qui ne fait pas proliférer le péché dans la chair. J’entretiens la modération en l’homme de sorte qu’il ne manque de rien et de sorte que la quantité de nourriture qu’il absorbe ne dépasse pas ce dont il a besoin pour vivre. Je suis la cithare qui qui résonne mélodieusement et qui dissout la dureté de cœur
par ses bonnes intentions. Lorsque l’homme prend soin de lui-même, je joue de la cithare dans le ciel pour son éloge ; et tant que son corps reste vertueux par la modération à table, je chante en m’accompagnant de mon instrument. Toi le glouton, tu es dépourvu d’intelligence, car une fois que tu t’es jeté dans l’excès de nourriture au point d’y survivre à peine, tu fais une indigestion et tu vomis de l’écume. Moi, je prends la juste quantité de nourriture pour que la sève de mon corps ne se dessèche pas ni ne soit produite en excédent, alors je joue de la cithare et je chante accompagnée de mon instrument » (Vit. merit. 2).

« Je suis pénétrée intimement de miséricorde, elle fait jaillir un ruisseau qui ne veut cacher ses trésors, son or et ses pierres précieuses ni aux pauvres ni aux indigents que leur pauvreté fait pleurer. Je voudrais les consoler et chasser pour toujours leur pauvreté par amour pour le Fils de Dieu qui est doux et humble, qui distribue tous ses biens aux âmes des justes et qui guérit les plaies des pécheurs à cause de leur pénitence » (Scivias, III, 6ème vision, 1 ; PL 626 B).

9 – L’amertume vs la Largesse

«Lorsque l’homme s’est surchargé abondamment pour avoir cédé à la voracité, il éprouve de l’amertume et tombe dans l’aversion envers l’abondance de nourriture, aussi sûrement que l’hiver succède à l’automne».

L’amertume (étroitesse de cœur, âpreté) (Acerbitas) déclare : « Je tiens pour négligeable le courage et la victoire, et je refuse que quiconque me résiste. En effet, tout ce qui dans les Écritures et dans la Foi m’est désagréable ou nuisible, je n’en tiens pas compte et je le mets en pièces avec mes paroles » (Vit. merit. 2).

La Largesse (Vera largitas) répond : « Tu es dangereuse et néfaste, et tu es l’amertume bien trop fielleuse, car tu ne veux tenir compte ni de Dieu, ni de Ses préceptes, et que tu persistes dans ton âpreté. Moi je reste la pluie et la rosée, l’onguent et le remède disponibles, car je suis la pluie généreuse, la rosée de la joie, l’onguent miséricordieux, et j’agis comme un remède en atténuant toutes les douleurs ; je demeure ainsi fidèle à toutes ces choses, et de la sorte je régnerai pour l’Éternité. Ton origine est la mort et l’enfer » (Vit. merit. 2).

10 – L’impiété vs la Piété

«Lorsque l’amertume a pris possession de l’être humain, l’impiété vient s’y ajouter, et elle n’éprouve aucune joie aux bienfaits indubitables de Dieu, mais au contraire elle met en pièce tout ce qui arrive de meilleur».

L’impiété (Impietas) déclare : « Je ne veux obéir ni à Dieu, ni aux hommes. Si j’obéissais à quelqu’un et que je devais veiller à ses intérêts, il ferait de moi ce qu’il voudrait sans se préoccuper des miens et il me dirait « avance ! ». Une telle chose ne doit pas être ; si quelqu’un me blesse, je lui rend la blessure au centuple ; je ferai en sorte d’arranger mes affaires pour que personne ne se mette sur mon chemin. Je ne permettrai à personne de me fouler aux pieds. Toute occasion qui se présente et qui m’apporte des avantages, je m’en occupe moi-même comme le fait quiconque n’est pas stupide. Dieu voudrait que je fasse quelque chose qui Lui plaise mais Il m’apporterait bien peu de bienfaits en retour » (Vit. merit. 2).

La Piété (Pietas) répond : « Tu es diabolique et cruelle et tu as en toi beaucoup de malveillance. Si Dieu te permettait de faire tout ce que tu désires, qui serait-Il donc ? Et si Dieu t’apportait des bienfaits en retour du mal que tu fais, où serait le sceptre de Sa puissance? Quand tu entreprend une mauvaise action, Dieu t’envoie, telle du plomb, en enfer, où te guident toutes les créatures infernales qui te corrigeront. Où est donc passée ta puissance ? En toi on ne trouve que ténèbres, blasphèmes et irrespect. Où habites-tu ? Parmi les injures. Où trouves tu ton repos? Dans la confusion. Où es ta maison ? Là où les uns sont dressés contre les autres, où l’on rumine sans cesse son malheur et où par malignité on commet des meurtres et des bains de sang » (Vit. merit. 2).

11 – Le mensonge vs la Vérité

Conflit psychique, crispation constante, ulcère de l’estomac et de l’intestin

«Lorsqu’un homme est impie, il tombe dans le mensonge, qui se construit soigneusement pour rejeter la vérité».

Le mensonge (tromperie, fausseté) (Fallacitas) déclare : « Qui est-ce qui peut toujours ne dire que la vérité ? Je me nuirais à moi-même si je souhaitais sincèrement aux autres bonheur et prospérité. Soutenir les autres, voilà ce qui conduirait à ma perte. Je veux donc prononcer les paroles futiles qui me procurent les honneurs pour obtenir d’un côté ce que je peux avoir de l’autre. Si j’étais sincère je pourrais pas recevoir tout ce que je désire. Or si j’applique ma méthode, je découvre ce que je ne connaissais pas, alors je peux dire ce qui me chante. Combien de gens sont tellement prisonniers de leur souci de vérité qu’ils ne peuvent plus bouger comme s’ils étaient attachés à une planche. Ils ne rapportent que ce qu’ils voient et entendent réellement ; et pourtant beaucoup d’entre eux deviennent pauvres, misérables et exclus. Moi je reçois ce que je demande même si c’est de façon malhonnête. Puisque je veux devenir plus noble et plus riche que les autres, je me présente dans mon discours comme noble et riche; c’est mieux pour moi que d’être ligoté à un arbre. Souvent j’affirme des choses que je n’ai ni vues ni entendues. Souvent j’affirme des choses que je n’ai ni vues ni entendues, ainsi j’échappe à beaucoup de malheurs et je passe à côté des ennuis. Si mon discours était toujours le même il m’accuserait, or je multiplie les versions de mes récits de façon que cela ne puisse pas me nuire. Cela m’est plus utile que d’être frappé avec un bâton ou une épée. Je n’ai jamais trouvé personne qui ne serait devenu noble ou riche sans avoir appliqué ma méthode » (Vit. merit. 2, 12).

La Vérité (Véritas) répond : « O toi serpent, langue sortie de la géhenne, dépourvue de toute la grâce rafraichissante de Dieu, tu attises les flammes de l’injustice et de la tromperie. Il n’est de mal qui te suffises et d’ailleurs c’est du mal que tu proviens ; tu es le Fils de Satan, car chacune des directions que tu proposes mène vers l’injustice, et tu ignores où tu vas. Moi je suis la colonne qui soutient toutes les voies de Dieu, et l’harmonieuse trompette de Sa Justice, je compte Ses oeuvres et j’expose leur vérité. J’étincelle parmi les bijoux de Dieu, car je dis la vérité par la Justice de Dieu. Le Ciel et la terre demeurent dans la vérité, mais toi tu es un répugnant ver et tu seras piétiné comme de la fange nauséabonde » (Vit. merit. 2, 12).

« Je voudrais être une trique et un fouet contre le menteur qui est fils du diable car le diable est le persécuteur de l’ineffable justice de Dieu. Mais je lui suis opposée et à charge parce qu’on ne me trouve jamais dans sa bouche, et moi je le crache de ma bouche comme un poison mortel bien qu’il ne pénètre jamais en moi avec son astuce. Il est le pire et le plus effrayant de tous les maux car tous les maux proviennent de lui. Aussi je le terrasse et le foule aux pieds avec l’aimable justice de Dieu qui me soutient et me dirige et est sans fin. Toutes les vertus de Dieu qui mènent dans les hauteurs peuvent être édifiées sur moi parce que je suis ferme et solide » (Scivias, 6ème vision, 4 ; PL 627 B).

12 – La dispute vs la Paix

Conflit psychique, intestin et vésicule biliaire et bile noire

«La dispute suit le mensonge. Quand un homme est menteur, il recourt à la dispute pour tricher».

La dispute (conflit) (Contentio) déclare : « Je ne peux plus soutenir ni supporter cette charge, quand n’importe qui enlève son manteau et m’accable de son poids. Tant que je respirerai je ne tolèrerai pas qu’on me touche stupidement. J’interdirai à quiconque de me fouler aux pieds comme si j’étais de la terre. Si quelqu’un s’approche de trop près je lui donnerai pour plus de son compte, et je ne serai jamais rassasié de vexations et des affronts de sorte que leur cœur soit mis en
pièces » (Vit. merit. 2, 15).

La Paix (Pax) répond : « O chaleur cuisante et dévorante de l’injure, tu es le crime sanguinaire et le grincement de dent, et tu mijotes tant dans l’injustice que tu fais couler le sang ; tu voudrais t’imposer suivant ta volonté. Tu as à la bouche trop de violences dont tu te sers pour déchirer ce que tu peux, et tu déshonores tous ceux qui pratiquent la bienveillance. En effet, tu détruis les bons avis et la paix de l’esprit, car ta trahison les met en échec. Nul part tu ne trouves une place paisible, tu n’en veux pas et tu n’en cherches pas non plus. Au contraire tu t’enroules dans l’obscurité d’une grotte tel un serpent, depuis laquelle tu lances tes javelots pour blesser tout le monde. Pareille à des vers malveillants, tu déclenches la maladie et la mort. Mais moi je suis le remède de tous ceux que tu endommages. Je guéris ce que tu blesses. Je méprise tes armes et ta propagande de guerre, parce que je suis une montagne d’encens et de myrrhe sentant bon la paix. Je demeure au dessus des nuages et attire à moi le bien. Je ne supporterai aucune tribulation et me tiendrai loin des choses qui me sont contraires. Je précipiterai à terre tous ceux qui médisent. Je connais sans cesse la joie et prends du plaisir en toutes choses bonnes. Jésus est celui qui pardonne et console toutes les peines, parce que Jésus a enduré la souffrance dans Son corps. Et comme Jésus est juste, je souhaite me joindre à Lui et l’accompagner toujours. Je lance loin de moi la haine, l’envie et toutes choses mauvaises. Je veux avoir un visage où se lit la joie, capable de refléter la justice » (Vit. merit. 2).

« Je lutte contre le combat diabolique qui se déclenche continuellement contre moi et qui répond : Je ne puis supporter aucune punition mais je veux me débarrasser de tout ce qui m’est contraire et opposé. Je ne crains personne ; qui dois-je craindre ? Je ne veux craindre personne. Mais je rejetterai ceux qui parlent ainsi méchamment parce que je suis établie pour me réjouir toujours ; car le Seigneur Jésus est le sauveur et le consolateur de toutes les douleurs et Il a lui-même supporté la douleur en son propre corps » (Scivias, III, 6ème vision, 5 ; PL 627 B).

13 – Le malheur vs le Bonheur

Hypocondrie, crispation constante

«Après la dispute s’en suit l’insatisfaction ou le malheur qui refuse tous les bienfaits de Dieu».

Le malheur (infortune, misère, hypocondrie) (Infelicitas) déclare : «« Quel est mon salut ? Rien que des larmes. Quelle est ma vie sinon seulement des douleurs ? Et qui me viendra en aide sinon la mort ? Quelle issue sinon la perdition ? C’est tout ce qui adviendra de mieux pour moi» (Vit. merit. 2, 18).

Le Bonheur (Béatitudo) répond : « Tu es avide de souffrances et tu ne désires rien d’autre. Il faut invoquer Dieu et Lui demander Ses bienfaits. Tu te portes préjudice à toi-même en ne faisant pas confiance à Dieu. Tu n’attends rien de Dieu, aussi ne reçois-tu donc rien de Lui. Moi j’appelle Dieu haut et fort, aussi j’accepte Sa réponse ; je Lui demande quelque chose et dans Sa bonté Il me l’accorde, je Le cherche et donc je Le trouve. En effet, je suis la joie vénérable et je joue de la cithare pour Dieu, car je me tourne vers Lui dans toutes mes actions ; je mets donc l’espérance pleine de foi que je tiens de Lui, entre Ses mains. Toi, tu ne fais pas confiance à Dieu, tu ne désires pas Sa grâce et par conséquent il ne t’arrive que des malheurs » (Vit. merit. 2).

«Je suis heureuse car mon Seigneur me fait belle et pure. Aussi je fuis le conseil du diable car il est toujours plus malheureux dans son attitude parce qu’il met Dieu de côté et ne cesse de tramer des œuvres mauvaises. Je fuis ce Satan, je le fais s’enfuir car il est toujours malveillant à mon égard puisque je désire sans cesse Celui qui m’aime, je l’embrasse assidûment et je veux le posséder avec joie en tout et par-dessus tout » (Scivias, III, 6ème vision, 6).

14 – L’intempérance vs la Modération

Foie

«Quand l’homme est rebelle aux bienfaits de Dieu, l’excès grandit immédiatement en chaque chose qu’il estime être son dû, mais qu’il ne peut en réalité garder, car tout ce qui est dirigé contre Dieu ne peut survivre, mais au contraire va à sa perte».

L’intempérance (démesure, excès) (Immoderatio) déclare : «Tout ce que je peux désirer et rechercher je veux en jouir et ne renoncer à rien. Pourquoi donc m’en abstiendrai-je, alors qu’en me privant, je ne tirerais aucun profit ? Devrais-je oublier qui je suis, et que chaque être vivant vit suivant la coutume de son espèce ? Si je ne vivais qu’en pouvant à peine respirer, ma vie vaudrait la peine d’être vécue ? Tout ce qui m’apporte du plaisir et de l’amusement, je le fais. Quand mon cœur déborde de joie, devrais-je le retenir ? Quand mes veines sont pleines de gaieté, pourquoi les couperais-je ? Et puisque je sais parler, pourquoi me tairai-je ? Car  toute incitation de mon corps m’est un véritable plaisir ; et je fais ce pourquoi j’ai été créé. Pourquoi me changer en quelque chose que je ne suis pas ? Chaque créature se développe selon sa nature et ce pourquoi elle est adaptée elle le fait ; voilà ce que moi je fais. Comme je suis, je vis, et comme il me convient ainsi j’agis » (Vit. merit. 2, 21).

La Modération (Tempérance, juste mesure) (Moderatio) répond : «O fourbe espion, l’honnête raison est gâtée par ta fourberie, tu es comme un petit animal sauvage qui ne connaît pas la modération, et tu te comportes comme une répugnante bête, car Toutes les choses qui sont dans l’ordonnance de Dieu se correspondent. En effet, les étoiles brillent de la lumière de la lune et la lune brille du feu du soleil. Chaque chose en sert une plus élevée et rien ne dépasse sa mesure ;
toi, tu ne respectes ni Dieu, ni Ses créatures, au contraire tu flottes comme un sac vide au gré du vent. Moi je suis le cours de la lune et du soleil, je prend garde aux ordres de Dieu, et je vis en fonction des mœurs honnêtes qu’Il a prescrites, je les compte avec beaucoup de plaisir, car je suis princesse dans le palais du Roi, et je cherche tous Ses secrets, je n’en laisse aucun de côté, mais je les rassemble et je les apprécie ; grâce à eux, je brille comme les rayons du soleil. Mais toi, tu es corrompu de maladie et tu es comme un cadavre plein de vers » (Vit. merit. 2, 22).

15 – La ruine des âmes vs le Salut des âmes

Conflit psychique et crispation constante du ventre

«Comme l’excès s’oppose à Dieu, il conduit ouvertement les âmes vers la perdition, car celle-ci repousse Dieu en grinçant des dents».

La ruine des âmes (athéisme) (Perditio animarum) déclare : « Quelle récompense puis-je avoir, et quel est mon salaire ? Seulement du feu. En effet, moi et la matière dont je suis faite, nous ne voulons rien d’autre. Je ne veux rien savoir de la splendeur éclatante de la vie mais je ne suis là que pour dévaster et piller les âmes. Dans ce pillage, je suis chez moi, c’est ce que veut tout ce qui a la même origine que moi ; et les insultes prononcées, c’est moi » (Vit. merit. 2, 24).

Le Salut des âmes (Salvatio animarum) répond : « Tu es la flèche du diable qui vole insidieusement la nuit pour blesser douloureusement les saints lorsqu’ils désirent ce que tu refuses, et quand ils accomplissent ce que tu évites ; tu veux leur perdition mais tu ne peux pas la provoquer. En effet, les saints dressent l’étendard de la foi en compagnie de la troupe des anges et accourent contre toi ; c’est avec la soif inextinguible d’un cerf en quête d’une source pour boire qu’ils cherchent à t’abattre, car c’est avec le baptême et grâce aux sept dons de l’Esprit-Saint apparus dans le Sauveur de l’humanité qu’ils te noieront comme dans les eaux du déluge. C’est ainsi que tu seras détruite car tu es l’adversaire de Dieu. Moi je suis le bâtiment qui soutient le bien, et la Tour de Jérusalem dans les œuvres des saints, c’est avec le bélier qui se tient dans les ronces, et qui représente le Christ, que j’accueille les pénitents et que je maintiens les gens simples par la foi dans le baptême et les innocents par l’onction de l’Esprit Saint : je suis rétablie sur le chemin de la sainteté par la virginité immaculée qui a fleuri par le corps du Christ comme un lys, et ainsi je fais partie de l’armée de Dieu » (Vit. merit. 2).

«Je laisse l’Ancienne Alliance et je revêts le Fils de Dieu avec sa justice, sa sainteté et sa vérité. Je suis donc rené et libéré de mes vices. Dès lors ô Dieu, ne vous souvenez plus de mes péchés de ma jeunesse et de mes ignorances, et ne tirez pas vengeance de mes péchés » (Scivias, III, 6ème vision, 8 ; PL 628 C).

16 – L’orgueil vs l’Humilité

Inflammation, rhumatismes

«L’orgueil est le commencement de tous les vices, la matière et la matrice de tout le mal car c’est lui qui a fait exclure l’ange du Ciel et qui a fait expulser l’homme du Paradis».

L’orgueil (Superbia) déclare : « Je crie au dessus des montagnes : « qui oserait se
mesurer à moi ? » Je suis le plus grand ; j’étends donc mon manteau sur les collines et les champs et je ne tolère que quiconque se mette sur mon chemin. Je ne connais personne qui peut m’égaler » (Vit. merit. 3, 5).

L’Humilité (Humilitas) répond : « Moi je suis la colonne qui soutient le Ciel. Pourquoi ne devrai-je pas supporter que quelqu’un me fasse un tort effroyable quand le Créateur est Lui-même descendu des cieux pour attirer l’homme à Lui ? J’ai habité en compagnie du créateur dans le Ciel, je suis descendue avec Lui sur terre ; c’est pourquoi je réside dans tous les endroits de la terre. Je ne pourrais pas prononcer les paroles fallacieuses du mensonge, par exemple « je suis ceci ou cela » alors que c’est faux. Si je disais cela, je ne serais pas le soleil qui illumine les ténèbres. En effet, avec Dieu, je transperce toutes les ténèbres. Il n’est de tempête qui puisse me faire bouger car je suis en compagnie de la bonté complète de Dieu » (Vit. merit. 3, 6).

«J’ai commencé le plus petitement et je suis montée dans les hauteurs des cieux. Je considère d’abord la faiblesse de mon corps et je monte ensuite degrés par degrés, de vertu en vertu, car qui saisit d’abord les plus hautes branches fera une lourde et profonde chute. Mais qui commence aux racines ne tombera pas si facilement » (Scivias, III, 1ère vision).

17 – L’envie vs la Charité

Cœur et circulation

«L’envie accompagne l’orgueil car ses actions allument un incendie dans tous les vices ; quand les hommes se montrent orgueilleux, ils se mettent à envier autrui, ce qui les incite à pratiquer d’autres vices».

L’envie (Invidia) déclare : « Je suis le gardien de tous les excès et quand je le veux je retire aux hommes toute leur force vitale [viriditas : viridité = virile verdeur], et je dédaigne les paroles mesurées : elles pourraient bien être aussi nombreuses que les grains de sable de la mer, et aussi rusées que les serpents, je les déchiquetterais pour qu’elle ne m’opposent aucune résistance, car j’ai été voué à l’enfer. Ainsi j’attire à moi les foules et je salis tout ce que Dieu fait. Et puisque je n’obtiens pas les choses lumineuses, je les tiens pour dérisoires. Quand bien même ceux qui me qualifient de nuit m’aspergeraient de leur eau, je sècherais aussitôt. J’envoie mon discours comme des flèches dans l’obscurité pour blesser ceux qui s’appellent justes. Tout ce qui m’appartient, je le donne à la haine, car elle provient de moi et elle est plus petite que moi » (Vit. merit. 3, 7).

La Charité (Caritas) répond : « O abjecte âcreté, tu es comme un vipère qui se mord elle-même. Tu ne peux supporter ce qui perdure dans la gloire. Tu es comme une idole dirigée contre Dieu et qui tue le peuple par son impiété. Tu te nommes à juste titre la géhenne qui oppose ses excès à la juste modération, qui veut détruire tout ce qui s’oriente vers la sagesse, et qui refuse toute œuvre lumineuse. Mais moi je suis l’air dont se nourrit toute la verte vigueur (viriditas), et qui fait s’épanouir les fleurs et les fruits mûrs. En effet, j’ai été instruite par l’inspiration de l’Esprit Saint, si bien que je fais couler les rivières limpides, c’est-à-dire les larmes causées par les saints désirs ; et ces larmes me font exhaler le délicieux parfum des œuvres très saintes. Je suis aussi la pluie qui s’élève de la rosée et qui donne une joyeuse vie à toutes les plantes, qui alors me sourient. Quant à toi, tu es le venin malfaisant et dangereux, et tu piques de ton dard tous ces bienfaits, alors que tu ne peux les démolir, car plus ta fureur augmente, plus ils se renforcent. Et alors que tu apparais dans ta mortalité, leur force se vivifie et par la puissance de Dieu, des fleurs poussent sur la vigne. Tu es un abominable et sombre malheur et le sifflement du diable, et tu ne désires rien d’autre. L’esprit plein de suffisance tu dis « j’attirerai à moi plus de gens qu’il n’y a de grains de sable dans la mer », mais tu échoues. Moi j’applique jour et nuit la vertu des actions justes et bonnes. J’étends mon manteau sur le jour et sur la nuit, car j’accomplis de bonnes actions le jour et j’apaise les douleurs la nuit ; personne ne peut me reprocher la moindre faute. Je suis la serviable compagne aux côtés du trône de Dieu, et Dieu ne me cache aucune de Ses décisions. Je suis le mariage royal et tout ce qui appartient à Dieu m’appartient aussi. Et alors que le Fils de Dieu a annulé les péchés des hommes avec Sa tunique, je panse les plaies avec le plus fin des lins. Tu devrais avoir honte car tu es le contraire de l’amour. Je suis descendue sur la Terre avec le Verbe incarné de Dieu et une multitude de croyants armée de dons justes et bons, a été rendue parfaite par moi » (Vit. merit. 3).

«Après que l’homme eut été créé lui qui est la plus noble semence et le rejeton le plus doux, le Fils de Dieu naquit comme homme à la fin des temps. Et bien que Lucifer voulût déchirer mon vêtement et mon intégrité, j’apparus comme une splendeur très éclatante en Dieu et dans l’homme. Bien que les aveugles et les morts, les  prostituées et les femmes de mauvaises mœurs en appellent à mon nom pour leurs actes impurs, autant il est impossible que la fange touche le ciel, autant cette ordure n’est pas capable d’influencer ma volonté. Des autres vertus je me ferai donc des ailes avec lesquelles je rejetterai ces inutilités que Lucifer répand sur le monde. Dressons-nous pour approcher de la véritable Lumière, construisons partout les tours les plus grandes et les plus fortes pour qu’à la venue du jour nous ayons des fruits abondants dans l’ordre matériel et spirituel » (Scivias, III, 8ème vision, 2 ; PL 653 B)

18 – La vaine gloire vs la Crainte du Seigneur

Vésicule biliaire et bile noire

«Les hommes qui suivent la vaine gloire rendent caduques, par leur vantardise, les œuvres de l’Esprit qu’ils devraient accomplir par la viridité céleste ; ils mettent en avant leurs œuvres terrestres que seule une faveur du monde leur a permis d’accomplir comme si leurs œuvres fleurissaient de terre grâce à leur honnêteté ; leurs intentions sont visibles dans tout cela, car leur vantardise les pousse à vouloir qu’on les glorifie en toute occasion».

La vaine gloire (Inanis gloria) déclare : « J’enquête sur tout ce qui se passe et je suis mon propre témoin car ma probité me permet de tout comprendre. Avec ce que je vois et ce que je sais, comment ne pourrait-on pas me rendre tous les honneurs ? Je tourne toute chose de telle manière qu’elle me soit utile, et ce que je sais et ce que je vois doit servir mon honneur personnel. J’ai même confiance en moi à tel point que je puis voler comme les oiseaux à travers les villages et au-dessus des grandes routes comme je l’entends, tout comme le font les oiseaux qui habitent dans la forêt et chantent autant qu’ils le veulent. Je veux apprendre leur chant pour chanter comme eux et je mêlerai leur chant à une sensibilité humaine. J’agirai autant avec le comportement d’une bête sauvage qu’avec la délicatesse d’une jeune fille. Tout ce qui est relatif à moi, je le présente de telle façon que tous ceux qui me voient s’en réjouissent, et que tous ceux qui m’écoutent me montrent des égards, et afin que tous s’émerveillent de voir en moi un tel modèle d’honnêteté. Je suis une cithare avec les oiseaux, je suis sauvage avec les animaux, et sage avec les hommes. C’est à moi que j’attribue avec les louanges, toute occasion de se réjouir. Lorsque j’agis ainsi, qui pourrait m’égaler ? Si je ne cherchais pas, je ne trouverais rien, personne ne me donnerait rien ; la richesse ne serait pas mienne si je ne l’acquerrais pas grâce à ma sagesse et à mon honnêteté. Peu m’importe si je cause du chagrin ou de l’irritation chez quelqu’un, car je suis sage et honnête, et je veux connaître la gloire pour moi-même. Pourquoi cela déplairait-il à Dieu puisque j’ai été créée ainsi ? » (Vit. merit. 3, 10).

La Crainte du Seigneur (Timor Domini) répond : « Comment peux tu n’avoir peur de rien, comment peux tu donc être une voleuse rapace de la sorte, tu es la pire inanité de la pire des idoles. Que se passerait il si un homme pouvait agir sans l’aide de la grâce de Dieu ? Rien du tout. Car lorsque l’homme tourne la roue de sa connaissance dans le sens de la vanité, Dieu le fait périr, mais s’il la dirige vers le bien, alors Dieu lui apporte son aide. Mais toi, tu ne veux suivre ton idée: et lorsque tu entreprends quelque chose te tête s’enfonce dans tes épaules et tes pieds se lèvent vers le haut, selon le jugement de Dieu. Tu rougis devant les fonds baptismaux et tu ne recherches pas la guérison accordée par Dieu, mais tu te hâtes de te baigner dans les nombreux maux de la vanité, et tu ne veux rien de ce qui est réellement vivant. Moi je possède l’honneur divin, et je regarde chaque péché tel qu’il est ; je ne sous estime pas cette tâche, et je ne m’y soustrais pas non plus. Je suis tournée vers l’amour de Dieu, je crains son jugement et je me réjouis des récompenses qu’Il m’accorde. Comment dois je m’y prendre pour mériter une partie des joies célestes ? En fuyant le nauséabond péché, en délaissant le luxe de ce monde, et en me prémunissant contre la brûlure des débordements charnels, autrement dit, en veillant à ce que je sois libre de tout péché. Je ne chercherai pas chez les créatures de quoi pécher en suivant mes penchants, mais je prendrai soin d’être nourries par elles. C’est pourquoi Dieu me donnera la possibilité de goûter au bois de la vie, ce qui veut dire que jamais Dieu ne manque une occasion de faire accomplir aux hommes de bonnes actions, aussi nombreuses et pressantes que soient les attaques du diable contre eux. Dieu a créé les excellents hommes comme bonnes bases pour les saintes actions, afin que l’homme trouve sa demeure sous la tente de Dieu. C’est ainsi que doit parler et réfléchir l’homme qui veut habiter dans la maison de Dieu » (Vit. merit. 3).

« Malheur aux hommes misérables qui n’ont pas la crainte de Dieu mais qui le traitent comme un trompeur ! Qui peut échapper à la crainte de Dieu qui est infini ? Dieu laisse périr le coupable qui ne rejette point le mal. Je veux donc craindre Dieu de plus en plus. Qui m’aidera quand je paraîtrai devant le véritable Dieu. Qui me délivrera de l’effroyable jugement ? Nul autre que Dieu qui est juste » (Scivias, III, 8ème vision, 3 ; PL 654 A).

19 – La désobéissance vs l’Obéissance

Nerfs

«La désobéissance fait suite à la joie déplacée, car elle est le char qui emmène cette dernière et les autres vices évoqués précédemment et aussi parce qu’elle prépare sa besogne en suivant les conseils de la sotte suffisance et de ces mêmes autres vices».

La désobéissance (Inoboedientia) déclare : « Pourquoi suivre les ordres des autres ? Si nous faisions cela nous ne verrions ni ne saurions qui nous sommes. Nous sommes de parfaits philosophes et nous sommes plus savants que les autres. Pourquoi alors ne pas faire ce que nous savons faire ? C’est pourquoi nous agissons ainsi. De nombreux maîtres ont voulu nous prodiguer des conseils issus de leur propre caprice et de leur malveillance : pourquoi donc ferions nous ce qui leur plait à eux ? Qu’est ce que cela veut dire ? Si tout le monde me donne des ordres, je ne saurai plus où donner de la tête. Donc je me conseille moi-même, je choisis ce qui est le plus honnête et le plus utile, et je comprends que cela est le mieux à faire. Il est plus judicieux pour moi de faire ce que je connais plutôt que ce que j’ignore car ceci sera plus nocif qu’utile. Il faut que ne j’agisse qu’en fonction de ce que je vois, de ce que je peux toucher et de ce que mon entendement peut comprendre. Je m’interroge au sujet des créatures : lesquelles me sont profitables, lesquelles me sont hostiles, car Dieu a fait en sorte qu’elles soient sous mon pouvoir et qu’elles m’obéissent. Pourquoi Dieu les aurait il mis sous mes ordres si je n’avais pas d’avantages à trouver en elles. Voilà pourquoi je ne recherche chez elles que ce dont j’ai besoin » (Vit. merit. 3).

L’Obéissance (Obedentia) répond : « Moi qui obéis à Dieu, je suis liée à Lui. Mais quel est ce lien ? Lorsque Dieu a créé le monde par le Verbe, Il a dit « Fiat », « que cela soit », et la terre est apparue ; moi j’étais l’œil qui s’est ouvert sous l’égide de Dieu. C’est ainsi que le monde a été créé. Mais lorsque le premier ange a commencé à vivre, aussitôt il s’est dressé contre Dieu, alors j’ai empêché que son œuvre soit viable car il voulait vivre à sa façon : il a tenté de me harceler et de me mordre, mais il n’a pas eu le dessus. En effet, je suis le soleil et la lune, l’étoile et la fontaine, je suis la racine de toutes les œuvres de Dieu, de la même façon que l’âme réside dans le corps. De même que l’homme utilise sa volonté pour accomplir ce qu’il veut, je suis la volonté de Dieu et je réalise ce que Dieu demande. Dans l’ancien conseil, j’étais déjà avec Dieu ; et Dieu m’a ordonné d’effectuer ce qu’Il voulait effectuer. Selon les directives de Son Verbe, j’ai joué de la cithare, car je suis Ses ordres. Je ne touche rien, je ne désire rien, je ne veux rien qui soit étranger à Dieu, car j’existe grâce à Lui, et j’ai été créée par Lui, ma quête n’est autre que Dieu. Quant à toi, ô contradictrice des ordres de Dieu, tu es une présomptueuse qui te prend pour Dieu ; tu ne respectes rien, mais tu suis ton propre chemin. Où sont donc le Ciel et la terre que tu prétends avoir créés ? Et où est la beauté des montagnes et des vallées que tu as bâties ? Tu n’as rien fait de tout cela et pourtant tu renies ce que Dieu a créé. Comment fais-tu ? Quand tu parles de toi, et que tu agis selon ce qui te plaît, tu ne vois pas Dieu qui était là avant le premier jour, et qui sera là après les bouleversements du dernier. Toi ô répugnante chose, tu es comme la feuille desséchée d’un arbre, et les écailles d’un poisson, car on t’ôtera, et ton nom ne compte pas parmi ce qui est remarquable, mais il est synonyme de mort »  (Vit. merit. 3).

20 – L’infidélité vs la Foi

L’infidélité est cause de tous les maux ; la foi augmente les chances de guérison

«L’infidélité (manque de foi) suit la désobéissance».

L’infidélité (manque de foi) (Infidelitas) déclare : « Je ne connais rien d’autre que ce que peux voir, sentir, palper. Dans mes nombreuses études et recherches, dans ce que je vois, entends et dont je prends connaissance, toujours de nouveau je ne découvre que la même vie. Quelle récompense une vie de doute me donnerait-elle ? Voilà ce que je dis « soit quelque chose existe, soit cela n’existe pas. J’ai beau chercher et rechercher, regarder, écouter et apprendre, je ne trouve rien. Or si jamais quelque chose d’utile m’était révélé par une créature, en quoi cela me nuirait-il ? Moi je ne marche dans aucune rue et n’évolue dans aucune pensée que je connaitrais parfaitement. En effet, quand je veux voler comme une plume au gré du vent, je suis rabattue par terre ; si j’interroge le soleil et la lune sur ce que je dois faire, je n’obtiens nulle réponse ; lorsque je perçois un son, je ne sais s’il me charme ou s’il me blesse. Je ne sais pas reconnaitre les signes, je ne connais que ce que je vois. J’entends beaucoup de rumeurs, de conversations, ainsi que des doctrines que j’ignore ; c’est pourquoi je ne fais que ce qui m’est le plus utile » (Vit. merit. 3, 16).

La Foi (Fides) répond : « O abominable chose, tu es une ruse du diable qui renie au plus profond d’elle-même tout ce qui est juste. Tu es donc une partie de lui. Les affirmations issues de tes réflexions tendent vers le diable qui se tient à ta droite ; voilà pourquoi tes yeux sont si sombres : tu ne peux pas apercevoir la voie du salut qui mène au Ciel et qui t’a abattue, toi qui es la nuit, comme la droite tombe sur la gauche. En effet, la droite t’a renversée et elle est pleine de gloire grâce à cette victoire, car la mauvaise conscience est appelée servante de la bonne conscience ; elle ne veut pas avoir à faire à cette servante, de la même façon qu’une maîtresse ne saurait accomplir les tâches de sa servante : c’est seulement de la sorte qu’elle mérite le noble nom de maîtresse. Tu es damnée car tu portes la marque indélébile de la sentence du Juge, et tu t’éloignes de tout ce qui réside dans la lumineuse foi. Tes raisonnements poussent au péché les hommes que tu pièges, car tu ne veux pas marcher sur les préceptes de Dieu. Moi je chante fidèlement les louanges de Dieu en compagnie des anges, et je veux être de ceux qui sont avec Dieu. Le chérubin me fait écrire toutes les décisions que Dieu prend, et qu’il a vues en Dieu. Mais je rends des jugements par l’intermédiaire des prophètes, des savants et des scribes. Le règne entier du monde resplendit en moi par la justice de Dieu. Je suis le miroir de Dieu car je brille de tous les préceptes de Dieu ».

«Dieu est en trois Personnes consubstantielles qui doivent être toutes également adorées et glorifiées. Aussi je crois au Seigneur et me confie en Lui, et éternellement je n’effacerai son Nom dans mon cœur » (Scivias, III, 8).

21 – Le désespoir vs l’Espérance

Défenses, immunité ; conflit psychique et fonction des intestins, nerfs ; le désespoir provoque la luxure

«Le désespoir marche sur les traces de l’infidélité (absence de foi), qui est son aliment et celui des autres vices».

Le désespoir (Desperatio) déclare : « J’éprouve une épouvantable peur. Qui pourrait m’en délivrer ? Et qui pourrait m’aider, et m’arracher aux calamités qui m’accablent ? Je suis entouré du feu de la géhenne, et la ferveur de Dieu m’a projeté en enfer. Je ne veux pas être consolé ! Que me reste t’il sinon la mort ? Nul bien ne m’octroie de la joie, je n’ai nulle consolation dans mon malheur et tout le bien a déserté le monde » (Vit. merit. 3, 50).

L’Espérance (Spes) répond : « O foyer du diable, tu es aussi le foyer des péchés ; Tu n’as pas un soupçon de la bonté de Dieu, et tu n’y réfléchis pas. Si tu tend vers le bien, personne ne peut t’y aider si ce n’est Dieu ; et si tu tend vers le mal, personne d’autre que Dieu ne te jugera pour cela. En effet, Dieu a créé le ciel et la terre et tout ce qui est utile et Il a même annexé l’enfer sous son pouvoir. Toute récompense est donnée par Lui, et tout jugement du mal provient de Lui. Pourquoi donc t’estimes tu déjà voué à la perdition alors que tu n’as pas encore été jugé ? Les esprits malfaisants refusent Dieu, et toi non plus tu ne lui fais pas confiance. Toutes les créatures respectent les préceptes, seul le diable s’y soustrait ; c’est pourquoi il a été relégué en enfer, car il ne pouvait aller ailleurs qu’au sein de la géhenne. C’est pourquoi quiconque désire accomplir le bien ne doit pas se croire déjà voué à la perdition, car Dieu est l’extrême Bonté, et jamais une bonne action n’a été laissée sans récompense par Lui. Moi j’aspire à siéger auprès du trône de Dieu ; dans ma foi j’embrasse toutes ses œuvres, j’accomplis de bonnes action et je pousse le monde entier à faire de même. Mais toi, horreur mortelle et infernale, tu n’en fais rien ; tu ne fais aucune confiance aux bienfaits de Dieu. Quelle aide y trouves tu donc ? Tu passes ta vie à t’imaginer d’innombrables punitions que tu ne verras jamais, et cette vie, tu la gaspilles dans une stupidité puérile » (Vit. merit. 3, 20).

22 – La luxure vs la Chasteté

Nerfs, sommeil, force et vigueur

«La luxure suit le désespoir car lorsque les hommes désespèrent de recevoir la miséricorde de Dieu, ils affectionnent alors la luxure qui leur procure du plaisir, et ne font plus que ce que leur chair immonde leur réclame».

La luxure (Luxuria) déclare : « Moi je trainerai dans la boue cette image de Dieu car cela Lui est très pénible. De la sorte, je perdrai le monde entier. Je suis grande et glorieuse et je m’approprie tout ce que je me permet dans ma nature, celle dont je suis née. Pourquoi m’abstiendrais-je ou me couperais je des avantages d’une heureuse vie et des plaisirs sensuels ? Quand j’accomplis une action inhérente à ma nature, et qui est bien dérisoire, en quoi est ce répréhensible ? Car si je n’agissais pas selon les exigences de ma chair, je ne serais que colère, envie, hypocrisie, mensonges et tentations. Que le Ciel accomplisse sa justice et que la terre remplisse son office. Si la nature charnelle déplaisait à Dieu, Il ferait en sorte que la chair ne puisse pas satisfaire ses besoins » (Vit. merit. 3, 22).

La Chasteté (Castitas) répond : « Moi je ne suis pas aussi paresseuse que tu es répugnante, toi qui te délectes de ta lascivité. En effet, je ne m’allongerai pas dans ce lit où tu es couchée, et d’où tu appelles à la luxure. Et ce n’est pas de ma bouche que sortirait de telles paroles vénéneuses qui glissent vers la turpitude que tu professes, mais je tire ma subsistance du puits béni rempli de douce rosée car toutes mes œuvres sont dans la fraicheur entretenue par Dieu. Je trône dans le soleil et je contemple le Roi des rois. Par amour pour Dieu je renonce librement et volontiers à la vie vicieuse. J’ignore la queue du scorpion qui te blesse avec son ignoble venin ; au contraire, dans l’harmonie, de la vie joyeuse je possède les joies de la droiture. Cette vie heureuse qui qui règne en moi n’est pas souillée ni contrariée par les ordures de l’impureté [n’est pas oppressée par le blasphème des turpitudes ni blessée par l’horreur de l’impudicité]. Quant à toi, ignoble, tu es le ventre vorace du serpent, et tu as été crée de l’oreille d’Adam et Eve, au moment où l’obéissance s’est évanouie en eux. Moi je proviens de la parole du Père suprême. Le ciel et la terre te dissoudront car ils te voient dans la nudité de ta dépravation » (Vit. merit. 3, 25).

23 – L’injustice vs la Justice

«L’injustice manque de joie de vivre et est dès son origine proche de l’iniquité ; en effet, un homme entièrement tourné vers l’injustice la répand premièrement pour détruire par ce moyen tout ce qui a été juste».

L’injustice (Injustitia) déclare : « Sur quoi dois-je baser ma justice ? Sur rien ; car si je devais faire attention aux uns et aux autres je ne serais pas une créature de Dieu mais un âne qui trottine lentement tant qu’il n’est pas aiguillonné. En effet, je suis plus sage et plus prudente que les autres. Je connais le soleil et la lune et je détermine parfaitement chaque chose et sa raison d’être. Pour quelle raison me morfondrais-je donc comme si je ne savais rien ? Alors que tout ce que j’ai est meilleur et plus utile que ce que possèdent les autres ? Je vaux bien autant que ce que valent ceux qui décident de tout et organisent tout » (Vit. merit. 4).

La Justice (Justicia) répond : « Que dis-tu ô toi ruse diabolique et impudente ? Dieu a ainsi constitué chaque chose de ce monde de telle sorte que les unes veillent aux autres. Plus on apprend d’autrui ce que l’on ne savait pas soi même, plus on possède de connaissances de manière à ne pas courir de danger. L’homme avec l’aide de la création met en œuvre ce qui lui est nécessaire. Pour quelle raison méprises-tu les hommes qui participent du Ciel et de la terre, et refuses-tu la doctrine que l’Esprit saint a mise en eux ? Moi je sais que les dons de l’Esprit saint que je reconnais dans les hommes sont l’œuvre de Dieu, et je suis Sa symphonie. Je porte à juste titre le diadème du Roi parmi Ses créatures et dans leurs œuvres je les regarde et je les favorise, elles m’accueillent avec joie car je suis le bâton qui indique la voie de la justice. Quiconque me méprise tombe dans un puits, car je proviens de la Fontaine jaillissante, et aucun élément terrestre ne me fera trembler. Moi je suis levée à l’aube et je suis une amie pleine d’affection pour Dieu ; je demeurerai toujours avec Lui. Je suis pour Lui la garantie de la santé. Je ne tombe pas dans la sécheresse car je suis la floraison de tous les arbres que l’hiver ne fait pas geler, et qui ne tombent pas sous la tempête. J’habite sur le mont Sion, où je suis en paix et je m’y promène comme le doux Agneau ; et grâce à la victoire de ce dernier, je m’élève car c’est moi la victoire du Roi, et personne ne peut me vaincre. Personne ne me fera bouger, personne ne me fera trembler, car il est impossible de me faire
tomber » (Vit. merit. 4).

24 – La torpeur vs la vaillance

Force vitale, rhumatismes, nerfs

«La torpeur suit l’injustice car elle néglige la justice et n’est pas vigilante envers la foi».

La torpeur (paresse) (Torpor) déclare : « Pourquoi devrais-je endurer une vie pénible et fatigante et supporter de nombreux malheurs sans avoir commis beaucoup de péchés ? Chaque créature a le droit d’être ce qu’elle est. Combien pleurent et hurlent et s’infligent des douleurs physiques au point de pouvoir à peine survivre. Pourtant leurs mœurs restent dépravées et ils accumulent les péchés. Que leur rapporte leurs efforts ? Moi j’ai une meilleure vie que les autres car je cherche le confort et je fuis le travail. Je n’en veux d’ailleurs aucun. Si je fuis le travail et tout ce qui peut me nuire, pourquoi Dieu trouverait-Il de quoi me blâmer ? » (Vit. merit. 4, 5).

La Vaillance (courage, vigueur) (Fortitudo) répond : « O cendre de la cendre, misérable poussière putride ! Dès le premier  jour où tu as été formée tu as été un poison, comme sont à présent empoisonnées tes actions stériles ; tu n’es même pas comme le vers qui travaille à creuser sa galerie pour trouver sa nourriture, ni même comme l’oiseau qui prépare son nid et qui recherche anxieusement son repas pour se maintenir en vie. Qu’y a-t-il de vivant en ce monde qui n’aurait souci de subsistance ? Rien. Que serait cette vie sans fatigue car cette vie est encore fort éloignée du paradis. Mais toi misérable, dénuée de la sagesse de Dieu, et dépouillée de Sa miséricorde, tu voudrais recevoir ce que personne ne pourra te donner, car tu voudrais prendre sans faire d’efforts, ce que tu peux obtenir dans ta torpeur paresseuse. Moi, je suis une servante dotée de la force du Lion, c’est-à-dire le salut avec l’humanité du Sauveur dans le palais royal, et j’aspire aux bienfaits de Dieu ; Partout je vole et j’étends largement mon manteau. C’est pourquoi toutes les générations et toutes les nations qui veulent persévérer dans le bien m’appellent et veulent me posséder ; toi ils te considèrent comme un cadavre importun » (Vit. merit. 4, 6).

«Je veux donc avec l’aide de Dieu combattre contre le mal et nul ne l’emportera sur moi. Je veux être comme un acier très dur qui rend invincibles toutes les armes pour le combat de Dieu. Parmi elles je veux être l’épée tranchante que personne à cause de la force de Dieu ne peut briser. Je serai donc constamment le plus sûr recours pour la maladie des hommes, dans la faiblesse desquels je suis le glaive vigoureux de la défense » (Scivias, III, 9ème vision, 3 ; PL 677 C).

25 – L’oubli de Dieu vs la Sainteté

«Les hommes inactifs en ce qui concerne le service de Dieu, ainsi que d’autres activités, sont parvenus à un tel point qu’ils relèguent Dieu dans l’oubli comme s’ils ne Le connaissaient pas».

L’oubli de Dieu (Oblivio Dei) suggère : « Puisque Dieu m’ignore comme moi-même je ne le connais pas, pourquoi m’empêcherais-je d’avoir ma propre volonté ? Il ne me veut pas et je ne sens pas sa présence. Je ne porte mon regard que là où quelque chose m’apporte des avantages et me donne ce que je veux. Je fais seulement ce qui me plaît, ce que je sais et ce que je comprends. Beaucoup m’assourdissent en me parlant de l’autre vie que je ne connais pas et que je n’entends pas, et que personne ne m’a montrée. Nombreux sont ceux qui me disent « fais ceci, fais cela », ils me montrent Dieu et la vie, et les récompenses que je devrais recevoir, pour que je sache ce que je dois faire. Mais une foule de tyrans me poursuivent et me proposent de grands projets, qui sont plus imaginaires que réalistes, et qu’eux-mêmes ne réalisent aucunement. Je préfère poursuivre mes propres plans. Je ne veux pas d’autre dieu ou maîtres. Une chose est certaine : s’il y a un Dieu alors il ne me connaît pas » (Vit. merit. 4, 8).

La Sainteté (Sanctitas) répond : « Que dis-tu ô toi qui te précipites vers la perdition ? Qui t’a créé ou t’a donné la vie ? Dieu seul. Pourquoi ne reconnais tu donc pas que tu ne t’es pas fait tout seul ? Moi, j’invoque Dieu, et je lui demande tout ce qui m’est nécessaire, et j’aime ses préceptes : je les suis et je m’y tiens, quand je Le vois et quand je Le reconnais. Comment ? Je suis l’oiseau de la bonne conscience qui me permet de sentir la présence de Dieu et de frapper la cithare des prières, de l’adorer et de Lui adresser mes prières. Mais si je ne me préoccupais que de choses futiles, je m’éloignerais de Dieu. En effet, ce n’est pas la terre qui donne aux hommes la nourriture, ni le vêtement, ni ce qui est nécessaire, c’est Dieu. Les hommes voient les choses croître, mais ne voient pas comment elles croissent, ni d’où leur croissance provient ; tout ce qu’ils savent c’est que Dieu les fait se développer. Rien d’autre ne pourrait faire croître l’humanité et le monde entier, ni donner vie à la moindre créature existant sur terre ; seul Dieu en est capable ; et c’est par cela que l’on comprend qui est Dieu. C’est pourquoi l’homme doit servir Dieu avec dévotion dans toutes ses actions, et s’abstenir de mal se comporter, afin de ne pas agir suivant son propre caprice à cause de la fragilité de sa conscience. Moi je veux porter la ceinture de l’abstinence et demeurer dans l’agréable floraison de la béatitude. Car sous l’étendard de la cour, je suis le chef de l’armée ordonnée du Roi, qui accomplit les œuvres exigées par Dieu » (Vit. merit. 4, 9).

26 – L’inconstance vs la Constance

Irrigation sanguine, nerfs

«La course de l’inconstance est instable comme l’est le cours de ce qui, du début à la fin, n’a aucune stabilité, et qui, lesté de nombreux excès et accablé de nombreuses vanités, s’endort dans l’impiété ; ainsi l’inconstance est mue par les tentations terrestres au point de ne rester jamais durable dans l’honnêteté, au contraire, elle court ça et là en substituant l’ancienne coutume par un nouvel usage».

L’inconstance (instabilité) (Inconstantia) déclare : « Pourquoi devrais-je ignorer qui je suis ? Ce que je sais faire, je le fais, et si je n’agissais pas ainsi je serais bien stupide. J’admire ce que font de nombreuses personnes qui rendent fous les sages, qui rendent pauvres les riches, et avilissent les honnêtes. Je me présente telle que je suis et je parle de ce que je veux ; je n’abandonne pas ce que je possède et je fais ce
que je peux faire, autant que mes possibilités me le permettent, autrement je serais bien idiote. En effet, un artisan qui ne terminerait pas un objet alors qu’il en est capable, qui délaisserait son art et ne l’exercerait pas, serait bien sot. Le destin en ce monde nous l’apprend. Lorsqu’un homme est riche, il fait ce qu’il veut, et lorsque la chance le quitte, il ne peut plus faire ce qui lui plait » (Vit. merit. 4, 69).

La Constance (stabilité, fermeté) (Constantia) répond : « Tu es stupide et creuse, et tu ne bénéficies pas de la grande force des dons de Dieu. Réfléchis un peu. Le diable a fait ce qu’il a voulu, et il est tombé en enfer. Adam a agi en fonction de son goût, et tous ses descendants sont devenus mortels. Goliath était convaincu de sa force, et il a été terrassé par un jeune garçon. Nabuchodonosor, lui-même, ton fils, a reçu ses biens de toi, et quelle a été sa fin ? Et tes autres enfants, que leur est il arrivé, ceux qui ont reçu tes dons ? Dieu a rendu l’homme habile à travailler, et Il lui a donné aussi la connaissance pour qu’il discerne ce qui est honnête de ce qui ne l’est pas. Il lui a offert l’épée de la bonne conscience et le bâton de la mauvaise conscience. Lorsque la chair bouillonne et que l’âme y consent et la suit, si vaines soient ses intentions, l’épée de la bonne conscience s’actionne contre la mauvaise conscience qui dresse son bâton contre celle-ci. Donc l’homme doit être attentif à ce qu’il faut faire. En effet, l’homme a envoyé la mauvaise conscience dans un gouffre, et il a donné à la bonne conscience une échelle montant vers le ciel, vers où se trouve la puissance de Dieu. O toi, tu es pire que la mort, en préférant les uns et en méprisant les autres. Voilà pourquoi tu es descendue dans le gouffre et que tu n’as même pas remarqué l’échelle qui conduit au Ciel » (Vit. merit. 4).

« Dieu a donné aux hommes la possibilité d’accomplir un travail créateur, et leur a accordé le jugement pour discerner entre le bien et le mal. Tu te précipites dans la mer et tu ne vois même pas l’échelle qui conduit au ciel (Vit. merit. 4, 12). Je suis le pilier ferme et l’inconstance ne m ébranle pas. Ni le fort ni le faible ni le puissant ni le noble ni le riche ni le pauvre ne peuvent empêcher que je demeure auprès de mon Dieu qui éternellement ne chancelle pas » (Scivias, III, 10ème vision ; PL 700 A).

27 – L’inquiétude des choses terrestres vs le Désir du ciel

Nerfs

«Les préoccupations terrestres accompagnent l’inconstance car lorsque les hommes sont inconstants dans leurs mœurs et dans leurs actes ils sont souvent prisonniers des préoccupations terrestres».

L’inquiétude des choses terrestres (Cura terrenorum) déclare : « Quelles préoccupations sont supérieures à celles de ce monde ? Comment sinon pousseraient les plantes, comment mûriraient les fruits, le raisin et tout ce qui est nécessaire à la vie et qui nourrit et entretient les hommes ? Si mes yeux se remplissaient de larmes, et si je frappais tout le temps ma poitrine en soupirant, et si je passais ma vie à plier le genou, je n’aurais ni nourriture, ni vêtement et je dépérirais. Si j’invoquais sans cesse le Ciel, et que je réclamais au soleil et à la lune et aux étoiles ce qui m’est nécessaire, ils ne m’apporteraient rien. Par conséquent tout ce que je pourrais obtenir en réfléchissant, en parlant et en agissant, je le prendrai, pour peu que cela assure ma subsistance » (Vit. merit. 4, 14).

Le Désir du ciel (Celeste desiderium) répond : « Que dis-tu ô voleuse d’âmes ? Ton esprit est plein d’erreur car tu n’as pas foi en Dieu qui pourvoit à tout ce qui est nécessaire ; de la même façon qu’un corps ne peut vivre sans âme, aucun fruit sur la terre ne peut mûrir sans la grâce de Dieu. Regarde donc les ossements des morts qui gisent dans leurs tombes, et considère ce qu’ils peuvent faire ; ils ne font rien sinon rester allongés et se décomposer. Tu es pareil qu’eux, toi aussi tu n’accomplis rien sinon une vie de négligence, car tu veux vivre sans la grâce de Dieu, et tu ne Le cherches pas non plus. Moi je réside dans les hauteurs célestes, et j’accueille chaque créature avec la grâce de Dieu, puisque je suis la vie et la verte vigueur dans toutes les bonnes actions, et le collier de toutes les vertus. Je suis le plaisir et la compréhension de l’amour de Dieu, et la réalisation de tout ce qui se tourne vers Lui, car tout ce que Dieu veut je le fais ; je vole au-dessus des étoiles du Ciel, munie des ailes de la bonne volonté, afin d’appliquer toutes les décisions de Dieu au moyen de sa justice. C’est ainsi que je gravis le mont Béthel, où je contemple directement les œuvres de Dieu, car je ne demande, ni ne désire, ni ne veut rien qui ne soit saint. Je suis le son du psaltérion et de la cithare de sa bienveillance, et dans tous les aspects qui me définissent, je suis céleste » (Vit. merit. 4, 15).

28 – L’obstination vs la Repentance

Vaisseaux sanguins

«L’entêtement suit les préoccupations terrestres car les hommes qui s’enchainent dans celles-ci voient leur esprit tomber dans l’obstination».

L’obstination (sécheresse de cœur) (Obstinatio) déclare : « Moi je ne suis pas adepte des circonstances exubérantes et superflues pour décrire les différentes choses et évènements ; quand j’affirme que quelque chose est ainsi, je ne le dis pas de façon hésitante ou molle. En effet, si la terre était sans cesse ramollie par la pluie et l’humidité, et qu’elle n’avait aucune solidité, elle ne produirait pas de fruits, car les fruits ne peuvent pas mourir dans ces conditions. En quoi cela me nuit-il de n’être pas toujours tendre, alors qu’une pluie très abondante et soudaine ne fait que frapper la terre en tombant ? S’il ne m’est pas possible de soupirer ni pleurer, cela ne me donne aucune inquiétude car nombreux sont ceux qui périssent de tristesse et se noient dans les larmes. En effet, toute la grâce que Dieu veut accorder, Il la donne toujours. Pourquoi devrai-je me donner du mal pour une affaire aussi sotte ? Et pourquoi devrais-je faire des efforts pour ce que je pourrai finir ? Car si quelqu’un demande ce qu’il ne peut pas obtenir, cela ne l’avance à rien » (Vit. merit. 4, 16).

La Repentance (componction du cœur) (Compunctio cordis) répond : « Qui es-tu ô image de la dureté, pour dire que tu n’as pas à travailler dans ta vie alors que les oiseaux, les poissons, le bétail et la bassecour, et même les vers et les reptiles travaillent tous pour assurer leur survie ? Pourquoi Dieu est-Il appelé Père sinon parce que ses enfants l’invoquent et parce qu’Il leur accorde Ses bienfaits dans sa grâce et qu’eux Le reconnaissent comme leur Dieu ? Moi je suis abreuvée de sa bénédiction et je luis souris dans l’indulgence de mon cœur, et la voix pleine de larmes de joie je lui dis « Dieu aide-moi ! » Alors les anges me répondent dans leur orgue sonore, et ils chantent les louanges de Dieu quand je L’appelle. Par conséquent l’aurore de Sa grâce brille en moi et Il me donne la nourriture de la vie, car je la Lui ai demandée pour que je ne dépérisse pas. Mais toi, tu ne lui demandes jamais rien, c’est donc normal qu’Il ne te donne rien » (Vit. merit. 4).

« J’aspire sans cesse à la véritable et éternelle Lumière et je l’embrasse. Ni dans mes pensées ni dans mes aspirations ni dans ma vue je ne puis me rassasier de la joie éternelle qui est en mon Dieu » (Scivias, III, 10ème vision, 12 ; PL 700 B).

29 – La cupidité vs le Mépris du monde

Articulations et toxines ; la cupidité engendre la tristesse mondaine

«La cupidité succède à l’entêtement dans l’esprit humain».

La cupidité (avidité, convoitise) (Cupiditas) déclare : « J’ai de vifs désirs et je m’applique avec soin à obtenir toute chose précieuse, honorable et belle, et cela me cause du souci ; le plus petit cadeau qui puisse être offert et reçu, je le convoite ; car plus je posséderai de biens, plus mes connaissances seront étendues. C’est avec de belles bagues, de beaux colliers et boucles d’oreilles, et avec mes superbes parements que je suis considérée et respectée des hommes ; et je sais estimer la valeur de chaque chose, aussi petite soit-elle. Si je ne possédais pas tout cela, je n’aurais ni bien ni honnêteté, et je serais semblable à du bois pourri qui n’a plus ni solidité ni souplesse. Ce n’est que de la sorte que je peux faire le bien auprès de Dieu et des hommes et en faire bénéficier les hommes avec toutes les autres créatures » (Vit. merit. 4, 19).

Le Mépris du monde (Contemptus mundi) répond : « Tu es une mauvaise corde qui mesure les dimensions d’un objet pour voir si ses différentes caractéristiques et sa substance pourraient te servir à assouvir tes penchants charnels. Des générations d’hommes se sont attachées au plus profond d’elles mêmes aux richesses et aux pompes de ce monde, ont demandé des signes au soleil et aux étoiles, et de ce en quoi elles mettaient leur confiance, elles ont fait leur dieu. Or en quoi ces vanités leurs ont profitées ? Et où sont passés à présent leurs richesses, leur honneur et leurs terres ? En enfer. En effet, ces hommes sont punis de la manière qu’ils méritent, pour ne pas s’être assis face à l’Esprit Saint, et ne pas avoir eu de désirs célestes ; au contraire, ils n’ont recherché que ce qui est concret et périssable. Moi, je siège face à l’Esprit Saint, et ma course décrit le cercle ordonné par Dieu. Je suis Son chemin, je L’appelle Père, j’abats les caprices des désirs charnels, et je suis partout présente. Et si je suis moi-même taraudée par des désirs charnels, la crainte envers Dieu et la roue du feu de l’Esprit Saint me réveillent aussitôt. Et si les peuples m’honorent à la place du nom de Dieu, et s’ils veulent m’apporter tout ce qu’ils ont, j’ignore tout cela ; à sa place je ne recherche que le juste nécessaire, et je dis « la recherche des richesses et des honneurs de ce monde m’éloigne du visage de Dieu », et je devrais en rougir. Et si un péché me sollicite, je lui réponds « ce n’est pas toi qui m’as créée, et tu ne peux me libérer du mal » ; c’est pourquoi je méprise ton imposture, car dès que la flamme de l’Esprit Saint s’allume en moi, il brûle toute impureté, et alors je vole vers le chemin élevé des choses célestes » (Vit. merit. 4 , 14).

30 – La discorde vs la Concorde

«La discorde suit la cupidité car lorsque les mauvais hommes recherchent par cupidité à obtenir tout ce qu’ils ne peuvent pas avoir, la discorde accourt dans leur esprit malade et attaque autrui, comme un chien se jette sur quelqu’un en grognant».

La discorde (Discordia) déclare : « « Je refuse l’Orient, et je ne veux pas du Sud. En effet, l’Orient veut tout posséder, et le Sud aussi veut tout contrôler. Que reste t’il alors à l’Occident et au Nord ? L’aurore qui détient les lumineux soleils, brille alors que l’Occident porte les ténèbres. Et le Nord peut il faire quelque chose ? Bien sûr ! Car les ténèbres obscurcissent le soleil, alors que le soleil ne s’approche pas des ténèbres pour les atténuer. Ainsi chacun a sa force qui lui est propre. Le Nord détient ce qui évolue dans les ténèbres. Que peuvent les oiseaux en dessous du Ciel et les animaux grands et petits, sur terre ? Et les poissons des eaux, quelles sont les sources de leur espèce ? Ils font ce pourquoi ils sont faits. Moi je suis avec tous et je décide ce qu’ils sont et ce qu’ils peuvent faire. Nobles et vils, riches et pauvres, je les fais tourner comme une roue. Si je ne regardais qu’un seul d’entre eux, je m’en lasserais. Voilà pourquoi je m’occupe d’eux aussi longtemps que cela me plaît, pas plus. Que chacun, riche ou pauvre, noble ou vil, fasse ce qu’il peut. C’est aussi ce que je fais. L’Orient et le Sud en font autant » (Vit. merit. 4).

La concorde (Concordia) répond : « Que racontes-tu chose horrible et exécrable ? Pourrais-tu détruire le ciel et ses lois ? Pas du tout. Tu ne peux même pas créer une souris. Tout ce que tu dis sont des reproches qui mènent à la dispute. Mais adresserais-tu mille invectives à un groupe de gens pour les détruire, que tu ne pourrais les égratigner. Et tu voudrais combattre le soleil et les étoiles ? Impossible. En effet, une seule particule prélevée aux rayons du soleil te terrasse. À peine commences-tu à te battre que tu es déjà précipitée en enfer, et tu ne crées rien de plus que ce que tu vois déjà exister en ce monde. Tu es une esclave, comme un bœuf est un serviteur pour son maître. Tu ne vaux rien, tu es inutile en toute chose car tu offenses les œuvres de Dieu ; ce qui manque de tout bien n’est que du néant. Si le reste du monde méprisait Dieu comme tu le fais, cela n’affaiblirait même pas son pouvoir, car il possède ce pouvoir de jugement sur toi, sur la géhenne, sur les ténèbres et tout ce qui y réside » (Vit. merit. 4).

31 – La moquerie vs le Respect

Nerfs

«La moquerie précède le mensonge car il n’aime pas la vérité, au contraire, il pousse au mal, soit les uns, soit les autres, tout en plaisantant, et ne leur permet aucun repos».

La moquerie (facétie, grossièreté) (Scurrilitas) déclare : « Moi j’arrange tout à ma manière et je comprends tout ; si quelque chose arrive, je suis déjà là pour le voir et en parler. Si je n’agissais pas ainsi, je serais une imbécile. Qui viendrait me reprocher cela ? Je serais une menteuse si je flattais les imbéciles et les idiots. Mes paroles sont des filets où j’attrape tout ce que je peux. Je diffuse ma réputation de sorte que tout le monde rougit à mes paroles. Je bande mon arc pour jeter les flèches de mes plaisanteries. En quoi est ce nuisible ? Je ne tais rien, je ne cèle rien, mais je donne ce que j’ai à chaque homme suivant ses caractéristiques » (Vit. merit. 5).

Le Respect (déférence) (Reverentia) répond : « Si je connaissais tout ce que le Créateur a fait, qui serais-je ? Je détruirais ce que je n’ai ni créé, ni inventé, et dont je n’avais pas la moindre idée, tout comme tu le fais toi, chose dangereuse, qui bouleverse tout. Les montagnes sont mon soutien et les planes vallées ma promenade, et elles ne me méprisent pas. Je volette dans les cieux comme dans les profondeurs, et tout ce que Dieu a établi me plait ; je ne fais injure à personne, mais toi je te foule aux pieds comme de la boue sous mes chaussures. En effet, tu n’as pas la moindre trace de dignité car tu injuries tous ceux que tu peux insulter » (Vit. merit. 5).

32 – Le vagabondage vs la Stabilité

Nerfs

«Le vagabondage suit la moquerie car ce vice erre dans une telle instabilité qu’il conduit ce qui marche droit vers l’immodération».

Le vagabondage (errance, flânerie) (Vagatio) déclare : « Je serais dans une situation bien ennuyeuse si je restais toujours avec les mêmes personnes. Je veux me montrer partout, que ma voix soit entendue partout, et que partout on contemple mon visage : ainsi j’étendrai ma gloire. En effet, les graines germent pour que les fleurs apparaissent ; s’il n’en était pas ainsi chez les hommes, quelle gloire pourraient-ils attendre ? Moi je suis cette graine qui pousse grâce à mes connaissances et mon talent, et ma beauté s’épanouit comme une fleur. C’est ainsi que je me manifesterai partout dans le monde » (Vit. merit. 5).

La Stabilité (fermeté, tranquillité) (Stabilitas) répond : « O toi diabolique artifice, tu faneras dès ta floraison et on marchera sur toi comme la boue sur le chemin ; tu es la voix de la vanité, tu es le visage de l’injustice, et tes paroles n’ont pas été passées au crible de la raison ; au contraire, tu avances comme l’hésitante sauterelle, et tu es disséminée en divers endroits comme un flocon de neige. Tu ne manges pas la nourriture de la sagesse et tu ne bois pas la boisson de la modération, mais ta vie est comme celle d’un oiseau qui ne séjourne jamais dans le même nid ou dans la même région. Tu es comme de la cendre et de la pourriture et tu ne trouveras jamais le repos » (Vit. merit. 5).

33 – La magie vs le vrai culte de Dieu

«La magie suit de près le vagabondage car lorsque les hommes s’égarent dans de nombreuses occupations saugrenues, ils entretiennent un très vain commerce avec les créatures en raison des artifices diaboliques, et ils délaissent Dieu afin de trouver ce qu’ils cherchent à leur manière».  

La magie (occultisme) (Maleficium) déclare : « J’aimerais m’instruire par Mercure et par les autres philosophes qui ont soumis les éléments grâce à leurs recherches, de sorte qu’ils découvraient exactement ce qu’ils cherchaient. Ces découvertes, les hommes très instruits et savants peuvent les effectuer en partie grâce à Dieu, mais en partie aussi grâce à leurs esprits malfaisants. Et en quoi cela leur a-t-il nui ? Ce sont eux qui ont de la sorte nommé les planètes, car ils ont acquis de nombreuses connaissances sur le soleil, la lune et les étoiles. Moi je règne sur cet art où je maîtrise tout ce que je veux, à savoir la luminosité du ciel, les arbres, les herbes et tout ce qui pousse sur terre, les bêtes. Qui se mettrait sur mon chemin pour me barrer la route ? Dieu a créé toute chose, et donc en pratiquant cet art, je ne lui fais pas insulte. Lui-même veut qu’on Le mette à l’épreuve par Ses Écritures et dans la totalité de Ses œuvres. À quoi cela servirait-il si ses œuvres étaient hermétiques au point que l’on ne pourrait pas en comprendre les causes ? Cela n’aurait aucune utilité» (Vit. merit. 5).

Le vrai culte de Dieu (Verus cultus Dei) répond : «Qu’est-ce qui est le plus agréable à Dieu, Le vénérer Lui, ou bien seulement ses œuvres ? Les créatures qui procèdent de Lui ne peuvent rien apporter à la vie. Et quelle est cette vie que Dieu accorde ? Elle a été ainsi constituée pour que l’homme soit un être doté de raison, alors que les autres créatures se contentent de vivre des éléments. Mais qu’est ce que cela veut dire ? L’homme est vivant par les ailes de sa raison, alors que l’ensemble des animaux volants et rampants vivent et se meuvent grâce aux éléments. L’homme produit une musique particulière grâce à la raison, tandis que les autres créatures sont muettes, et elles ne peuvent s’aider ni elles-mêmes, ni les autres non plus, mais seulement remplir leur tâches. Quant à toi, art des maléfices, tu es un cercle dépourvu de centre. En effet, tu mènes de nombreuses recherches à l’intérieur du cercle du vivant, mais ces créatures t’ôteront ta gloire et tes biens, et te précipiteront en enfer comme on jette une pierre, car tu leur a volé le nom de leur Dieu ; alors tous les peuples de la terre t’accuseront car tu les humilies avec tes blasphèmes, et tu les induis en erreur en ce qui concerne leur culte alors qu’elles devraient servir Dieu. Voilà pourquoi la récompense que tu recevras ne sera autre que la récompense du diable » (Vit. merit. 5).

34 – L’avarice vs le Contentement

Toxines

«L’avarice apparaît sous forme humaine car elle n’a pas de désirs célestes mais seulement des désirs terrestres».

L’avarice (Avaritia) déclare : « « Moi, je ne suis pas une idiote, mais je suis plus savante que ceux qui attendent le nez au vent, et espèrent que l’air leur apportera ce qui leur est nécessaire. J’accapare tout pour moi et j’entasse tout dans mon giron, et plus j’amoncelle de biens, plus ma richesse grandit. En effet, cela m’est plus utile de posséder ce qui m’est nécessaire à moi que de le laisser aux autres. Ce n’est pas un crime si je prélève à quelqu’un ce qu’il a accumulé alors qu’il en a plus qu’il ne lui en faut. Si je reçois des uns ce que j’ai demandé, je n’ai pas de scrupules à en réclamer encore aux autres. Et si je vois que j’ai parmi mes biens tout ce que je voulais, alors je suis rassasiée joyeusement de tout ce que j’aime. Par conséquent, je ne crains personne mais je vis dans le bonheur et je n’ai plus besoin de demander la charité à personne. Mon inflexibilité me rend astucieuse et sage, je reçois ma part et personne ne me dupe. Qu’est-ce qui pourrait me nuire, quand bien même on me menacerait, alors que personne ne peut prétendre m’atteindre ? Car je ne suis ni une voleuse, ni un escroc, mais je ne fais que prendre ce que je veux et me servir au moyen de mon talent » (Vit. merit. 5, 12).

Le Contentement (Sufficientia) répond : « O ruse diabolique, tu es aussi rapide qu’un loup à la chasse et tu dévores les biens d’autrui comme un rapace. Mais tu es couverte d’une éruption d’énormes pustules car tu es alourdie de désirs inappropriés comme un chameau est chargé d’un siège, et tu es comme la gueule du loup toujours ouverte pour dévorer. Tu restes dans ta dureté et Dieu t’a complètement oubliée car tu n’as pas confiance en Lui. Tu n’es qu’une dure âpreté dénuée de pitié car tu ne tiens pas compte des autres. Tu te caches dans ton trou comme un ver, et vile rustre, tu prends tout ce qui appartient aux autres, car rien ne te suffit jamais. Mais moi je suis assise au-dessus des étoiles, et tous les bienfaits de Dieu me suffisent ; je me réjouis du doux son du tambourin car j’ai foi en Lui. J’embrasse le soleil car il est ma joie ; je prends la lune dans mes bras car j’ai de l’affection pour elle ; tout ce qu’ils font pousser me suffit. Pourquoi voudrais-je plus que ce dont j’ai besoin ? En effet, puisque je suis bienveillante envers toute chose, mon vêtement est fait de soie blanche, et comme je suis modeste en ce qui concerne mes besoins, mon vêtement est orné de pierres précieuses. Voilà pourquoi j’habite dans la demeure du Roi, et que j’ai tout ce que je veux. Je prends part au festin du Roi car je suis son enfant. Quant à toi, ignoble chose, tu pourrais faire le tour de la terre, tu ne serais jamais rassasiée. Vois un peu qui tu es » (Vit. merit. 5, 13).

35 – La tristesse mondaine vs la Joie céleste

Foie, défenses, immunité, bile noire, nerfs

«La tristesse de ce monde suit l’avarice car lorsque les avares ne peuvent obtenir ce qu’ils désirent, ils succombent à une tristesse du monde dont ils ne peuvent se sortir que très péniblement».

La tristesse mondaine (Tristitia saeculi) déclare : « Malheureuse que je suis d’avoir été créée ! Malheureuse que je suis de vivre ! Qui me viendra en aide ? Qui me libérera ? Si Dieu me connaissait, Il ne m’enverrait pas autant d’infortunes. J’ai beau avoir foi en Lui, Il ne m’accorde aucun bienfait ; lorsque je me réjouis de Lui, Il ne m’enlève pas mon malheur pour autant. J’ai écouté souvent les philosophes qui enseignent que Dieu est généreux en bienfaits, mais Dieu ne m’en a accordé aucun. S’il est mon Dieu, pourquoi me cache t-Il toute Sa grâce ? S’Il m’offrait un seul bienfait je Le reconnaitrais. Je ne sais même pas qui je suis moi-même. J’ai été créé dans le malheur et je suis née pour le malheur, et je vis sans aucune consolation. Hélas ! à quoi me profite une vie sans joie ? Pourquoi ai-je été créée alors qu’aucun bien ne s’offre à moi ? » (Vit. merit. 5, 15).

La Joie céleste (Coeleste gaudium) répond : « O chose aveugle et sourde, tu n’as pas conscience de la teneur de tes paroles. Dieu a créé l’homme de sorte qu’il soit plein de lucidité, mais comme l’homme s’est montré défiant, le serpent l’a plongé dans le lac de misère. Regarde donc le soleil, la lune, les étoiles et tous les ornements de la verte vigueur terrestre (viriditas), et considère à quel point Dieu a accordé, avec eux, la richesse à l’homme, alors que l’homme ose pécher effrontément contre Dieu. Tu es fourbe, trompeuse et impie, tu n’as que des pensées dignes de la géhenne et tu n’a pas la foi ; tu ignores où se trouve le salut de Dieu et tu n’y réfléchis même pas. Qui donc te donne des dons lumineux et bons sinon Dieu ? Quand le jour arrive à toi, tu l’appelles nuit, quand le salut est là, tu dis que c’est une malédiction; et lorsque les circonstances et les conditions sont bonnes pour toi, tu dis qu’elles sont mauvaises. Par conséquent tu es digne de la géhenne. Mais moi, je possède le Ciel et je regarde à sa juste valeur tout ce que Dieu a créé, ce que toi tu considères comme indigne. Je cueille avec tendresse dans mon cœur les fleurs de rose et de lys, et toute la viridité en chantant les louanges des œuvres de Dieu pendant que toi, tu ne cueilles que des gerbes de souffrance car tu es triste dans tout ce que tu fais. Tu es semblable aux esprits de l’enfer qui par leurs actions passent leur temps à nier Dieu. Moi, je n’agis pas comme cela, au contraire, je dédie à Dieu toutes mes actions ; dans la tristesse, on trouve aussi de la joie, et c’est dans le bonheur qu’il y a de la richesse, ces choses ne sont pas opposées comme le jour et la nuit. En effet, Dieu a créé le jour et la nuit et le comportement des hommes est à cette image. Lorsque l’avarice construit son camp, Dieu le détruit aussitôt ; lorsque la chair est lascive, Dieu la frappe sévèrement ; et lorsque le plaisir de la chair veut, dans sa vaine recherche de gloire, prendre possession du cercle du ciel, Dieu la détruit en la frappant ; tout cela est juste et légitime. Regardes à présent comment vivent les oiseaux du ciel et les affreux serpents sur la terre, qu’ils soient utiles ou inutiles, ils s’entredévorent. Il en est ainsi avec la prospérité et la jalousie de ce monde. Tout n’est pas à rejeter car l’utile purifie l’inutile, et l’inutile l’utile, comme l’or est purifié dans le four. Mais toi tu es en parfait accord avec les choses inutiles, ce qui n’est pas mon cas car je distingue l’utile et l’inutile suivant la Loi de Dieu. L’âme est le témoignage du Ciel et la chair celui de la terre. La chair dégrade l’âme, mais l’âme réprime la chair » (Vit. merit. 5).

Références :

Dans ses écrits, Hildegarde utilise le mot viridité (latin : viriditas) qui signifie : virile verdeur.

CC (réf. latin) – Causae et Curae (Les causes et les remèdes) ou Liber compositae medicinae (Livre de la médecine composée) par Hildegarde de Bingen.

PL – Patrologia Latina (Patrologie latine 1844-1855) par l’abbé Jacques-Paul Migne, volume 197 Hildegarde de Bingen.

Vit. merit. (réf. latin) – Liber vitae meritorum (Livre des mérites de la vie, 1148-1163) par Hildegarde de Bingen.

Phys. I – Physica T. I (Liber simplicis medicinae – Livre de la médecine simple ou De la nature ou Livre des subtilités des créatures divines : Les plantes, les éléments, les pierres, les métaux) par Hildegarde de Bingen.

Phys. II – Physica T. II (Liber simplicis medicinae – Livre de la médecine simple ou De la nature ou De la nature ou Livre des subtilités des créatures divines : Les arbres, les poissons, les oiseaux, les animaux, les reptiles) par Hildegarde de Bingen.

Scivias – Scivias seu Visionnes (Connais les voies ou Livre des visions, 1141-1151) par Hildegarde de Bingen.